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Bulletin 63

Bulletin 63 - décembre 2015
Sommaire

Editorial

Vous serez sans doute surpris d’apprendre que le mot réincarnation, tout comme le mot spiritisme d’ailleurs, est un néologisme né sous la plume d’Allan Kardec au XIXème siècle. Ces mots nouveaux sont l’empreinte de la volonté du monde spirituel d’apporter des mots simples et des explications claires à la portée de l’évolution de notre société.
D’autres termes pour d’autres croyances ont été utilisés, palingénésie, métempsychose, métensomatose, résurrection, mais sans jamais être porteur d’autant d’espoir et de connaissance que la réincarnation.
Si beaucoup utilisent de nos jours cette expression, peu en acceptent le sens profond, et la gravité de ses conséquences sur notre devenir leur échappe. L’enseignement du Christ dénaturé en son temps puis étouffé dans les cultes religieux rejaillit avec l’avènement du spiritisme et les révélations de l’Esprit de vérité. Il a fallu une longue évolution culturelle, religieuse et sociale pour que notre civilisation accepte d’établir des relations naturelles avec les morts. Et ce processus naturel de communication entre les Esprits et les hommes est en train de s’établir durablement. Les rapports médiumniques avec le monde spirituel permettent de détruire progressivement l’idée de la nature surnaturelle ou démoniaque des Esprits. Ces contacts réguliers et fréquents nous conduisent graduellement par la raison et par les faits à accepter la pluralité des existences corporelles par des incarnations successives.

Gilles Fernandez

La réincarnation, un mot nouveau pour une chose nouvelle

La réincarnation est un mot qui est, aujourd'hui, entièrement passé dans le langage commun, au point qu'il est devenu compréhensible et utilisé par tout un chacun, dans le monde entier, quelle que soit sa croyance ou sa confession. Ce mot, si familier, n'a pourtant fait son apparition qu'au XIXème siècle, sous la plume d'Allan Kardec qui a eu besoin de cette précision pour écrire le Livre des Esprits. D'ailleurs, les tous premiers mots de cet illustre ouvrage sont : «Pour les choses nouvelles, il faut des mots nouveaux, ainsi le veut la clarté du langage, pour éviter la confusion inséparable du sens multiple des mêmes termes.»

La réincarnation : un mot occidental et moderne

En effet, aussi étonnant que cela puisse paraître, dans la plupart des bons dictionnaires étymologiques il est écrit que le mot réincarnation ne daterait que de 1875. C'est en effet cette année là que le Journal Officiel en donne une première définition publique : «Action de reprendre une nouvelle chair, un nouveau corps, de revivre. Les principales croyances des Égyptiens sur les péripéties de la vie ultra terrestre, terminées par la justification du défunt et la réincarnation.» [Journal officiel 14 déc. 1875, p. 10319, 3ème page]
Puis, le terme de réincarnation se trouve défini pour la première fois dans le Grand dictionnaire universel du XIXème siècle de Larousse où il est écrit : «Ce néologisme, de forme correcte, sinon élégante, a été mis en circulation par le spiritisme et adopté même par la langue philosophique. Il désigne ce fait, considéré comme authentique dans les écoles spirites de nos jours, à savoir que la même âme, le même esprit s'incarne tour à tour aux différents corps».
Les spirites, eux, connaissaient ce mot depuis déjà presque vingt ans puisqu'Allan Kardec l'avait utilisé dès sa première publication spirite, à savoir dans le Livre des Esprits, qui était paru le 18 avril 1857. C'est dans le chapitre Pluralité des existences que Kardec l'a introduit, en nommant le premier sous chapitre De la réincarnation.
L'étymologie en est aisée pour comprendre qu'il s'agit du retour dans la chair, autrement dit de l'incarnation dans un nouveau corps. Kardec en donne une définition rapide à la fin du Livre des Médiums : «Réincarnation : Retour de l'Esprit à la vie corporelle. Pluralité des existences.»

Les autres mots pour parler de la pluralité des existences

Pourtant, la conviction que les êtres humains disposaient de plusieurs vies était présente dès les premières civilisations et dans le monde entier, autrement dit, on croyait en la réincarnation bien avant l'arrivée du spiritisme. Alors comment faisait-on pour en parler avant ? Qu'est-ce qui explique que les mots précédents ne convenaient pas à Kardec pour qu'il sente la nécessité d'en créer un nouveau ?
Dès l'antiquité, que ce soit en Inde, en Chine, en Égypte, en Grèce, dans le monde romain ou chez les gaulois, les celtes ou même dans les Évangiles, on parle de réincarnation mais avec d'autres mots et quelques nuances...
Le mot palingénésie (du grec palin «de nouveau» et genesis «naissance») est traduit le plus souvent par «renaissance» et signifie «retour à la vie». Platon l'emploie pour parler de l'âme qui renaît dans d'autres corps et les stoïciens s'en servent pour parler de la régénération périodique du monde. En effet, ce retour à la vie concerne les divers éléments de la nature : les plantes se nourrissent de minéraux, les animaux se nourrissent de plantes, les hommes se nourrissent des animaux ou de leurs produits ; en respirant, tout vivant assimile germes et poussières. Donc, dans ce cycle toujours recommencé, les composés de la vie s'échangent, se redistribuent après la mort. C'est ce qu'on appelle la palingénésie universelle qui provient d'une ancienne croyance appelée orphisme et qui a donné le fameux : «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme». Platon expose ainsi la palingénésie orphique : «Il existe une antique tradition [l'orphisme], dont nous gardons mémoire, selon laquelle les âmes arrivées d'ici existent là-bas [dans l'Hadès, l'Au-delà], puis à nouveau font retour ici même et naissent à partir des morts. S'il en va de cette façon, c'est à partir de ceux qui moururent un jour que les vivants naissent à nouveau, (...) les vivants ne proviennent d'absolument rien d'autre que des morts. (...) Ce point, ne l'examine pas seulement à propos des hommes, mais aussi à propos de tous les animaux, de toutes les plantes et, plus généralement, de toutes les choses comportant un devenir»
Nous voyons que ce terme ne peut donc pas correspondre avec l'idée d'une individualité qui tend vers l'évolution, le progrès.
Le terme de métempsychose (de méta «changement» et psychè «âme»), très employé dans le passé, date du 1er siècle avant Jésus-Christ et désigne le passage de l'âme qui peut animer successivement différents corps soit d'humains, soit d'animaux, soit même de végétaux ou de minéraux. La métempsychose implique donc qu'il puisse y avoir renaissance dans des corps considérés comme inférieurs. Or le spiritisme ne peut admettre des régressions (Questions 193 du Livre des Esprits). En résumant la doctrine spirite dans l'introduction du Livre des Esprits, Allan Kardec avait écrit : «L'incarnation des Esprits a toujours lieu dans l'espèce humaine ; ce serait une erreur de croire que l'âme ou Esprit peut s'incarner dans le corps d'un animal». Et il avait alors ajouté, en note de bas de page : «Il y a entre cette doctrine de la réincarnation et celle de la métempsychose, telle que l'admettent certaines sectes, une différence caractéristique qui est expliquée dans la suite de l'ouvrage.». Allan Kardec est encore plus précis, par la suite, lorsqu'il écrit Qu'est-ce que le Spiritisme ? (livre qui vient de sortir aux éditions Philman) : «La pluralité des existences, selon le spiritisme, diffère essentiellement de la métempsychose, en ce qu'elle n'admet pas l'incarnation de l'âme dans les animaux, même comme punition. Les Esprits enseignent que l'âme ne rétrograde pas, mais qu'elle progresse sans cesse. Ses différentes existences corporelles s'accomplissent dans l'humanité ; chaque existence est pour elle un pas en avant dans la voie du progrès intellectuel et moral, ce qui est bien différent. Ne pouvant acquérir un développement complet dans une seule existence souvent abrégée par des causes accidentelles, Dieu lui permet de continuer dans une nouvelle incarnation, la tâche qu'elle n'a pu achever, ou de recommencer ce qu'elle a mal fait. L'expiation, dans la vie corporelle, consiste dans les tribulations que l'on y endure.»
Le terme métensomatose (de meta «changement», et soma «corps») signifie déplacement du corps et désigne le passage d'un corps dans un autre corps, autrement dit, il s'agit d'une «incorporation successive». C'est la croyance du bouddhisme pour qui l'âme n'existe pas et où le moi n'est qu'illusion de l'identité individuelle qui s'éteint dans la vacuité. Cela n'empêche pas que des éléments physiques ou psychiques transmigrent en partie chez d'autres êtres, même avant la mort. C'est ce que les bouddhistes appellent la Punarbhava. Dans la métensomatose, il s'agit donc d'une transformation d'un corps à un autre ou bien d'un changement de corps mais sans la présence d'une âme individualisée qui cherche à évoluer.
Pour le mot résurrection (de resurgere «se relever»), nous nous contenterons de citer Kardec qui, dans l’Évangile selon le Spiritisme, nous donne tous les éléments pour distinguer la résurrection de la réincarnation : «La réincarnation faisait partie des dogmes juifs sous le nom de résurrection ; seuls les sadducéens, qui pensaient que tout finit à la mort, n’y croyaient pas. Les idées des Juifs sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, n’étaient pas clairement définies, parce qu’ils n’avaient que des notions vagues et incomplètes sur l’âme et sa liaison avec le corps. Ils croyaient qu’un homme qui a vécu pouvait revivre, sans se rendre un compte précis de la manière dont la chose pouvait avoir lieu ; ils désignaient par le mot résurrection ce que le spiritisme appelle plus judicieusement réincarnation. En effet, la résurrection suppose le retour à la vie du corps qui est mort, ce que la science démontre être matériellement impossible, surtout quand les éléments de ce corps sont depuis longtemps dispersés et absorbés. La réincarnation est le retour de l’âme ou Esprit à la vie corporelle, mais dans un autre corps nouvellement formé pour lui, et qui n’a rien de commun avec l’ancien. Le mot résurrection pouvait ainsi s’appliquer à Lazare, mais non à Élie, ni aux autres prophètes. Si donc, selon leur croyance, Jean-Baptiste était Élie, le corps de Jean ne pouvait être celui d’Élie, puisqu’on avait vu Jean enfant et que l’on connaissait son père et sa mère. Jean pouvait donc être Élie réincarné, mais non ressuscité.»
On parlera aussi parfois de l'Éternel retour qui laisse entendre l'idée d'une répétition éternelle des mêmes évènements au bout d'une longue période. Par exemple, selon les stoïciens, on reverra un Socrate, pas exactement le même mais un Socrate fait des mêmes éléments et qui referait les mêmes choses que le Socrate historique. Ici encore, même si l'on s'accorde à penser qu'il y a une certaine évolution entre les deux «Socrates», il y a aussi une liberté d'action et de pensée qui est grandement limitée...
Autre concept courant : la transmigration des âmes (de trans «au-delà» et migrare «aller») qui signifie qu'à la mort d'un être vivant, un élément de ce qui constitue cet être migre et reprend naissance dans une nouvelle condition soit corporelle, incarnée (comme dans un être humain ou un animal) soit non corporelle, non incarnée (donc à l'état d'Esprit). Autrement dit, il s'agit du passage de certains éléments de l'âme ou du corps dans de nouvelles formes d'existence. C'est donc le terme le plus générique puisqu'il englobe tous les autres termes. Mais il est, justement, beaucoup trop général pour traduire avec précisions un nouveau concept d'évolution positive.

Le besoin d'une conception positive

Comme on l'a vu, tous ces termes présentent des nuances et aucune de ces nuances ne pouvait traduire la pensée de Kardec qui, avec toute la précision rhétorique qui le caractérise, voulait juste parler du «retour dans la chair».
De plus, tous ces anciens termes avaient pris une signification négative ou ridicule. Preuve en est avec le dictionnaire Littré définissant le mot métempsychose comme un terme de théologie païenne et citant Voltaire : «Le roman théologique de la métempsychose vient de l'Inde dont nous avons reçu beaucoup plus de fables qu'on ne croit communément ... Pour que la métempsychose pût être admise, il faudrait que quelqu'un de bonne foi se ressouvint bien positivement qu'il a été un autre homme.»
Il faut dire, qu'à ce moment-là, fleurissaient les proverbes d'évidence comme : «On n'a qu'une vie» ou «On ne meurt qu'une fois» qui rompaient avec les croyances antiques sur la survivance de l'âme. L’Église n'était pas étrangère à ce changement de conception puisqu'on sait que, jusqu'au 6ème siècle, la Bible contenait de nombreuses références à la réincarnation et cette croyance était largement répandue chez les chrétiens d'alors. Mais, comme beaucoup d'hommes, ils avaient tendance à remettre tout effort à plus tard en disant : «Ce défaut-là, je le corrigerai dans ma prochaine vie...» Alors, au 2ème concile de Constantinople, en 553, il a été décidé d'expurger de tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament toute mention de la réincarnation et de décourager cette croyance.
Pour sortir de ces notions péjoratives, Allan Kardec n'avait donc pas d'autre choix que de créer un mot nouveau, répondant à l'idée nouvelle qui était une conception positive de l'évolution humaine, contrairement à la notion de métempsychose où l'on peut avoir le châtiment de revenir à une vie d'animal, de végétal voire même de minéral.

Les détracteurs

Si, comme nous l'avons vu, le mot réincarnation est devenu si courant que les spirites eux-même en ont oublié la très proche origine, il n'en a pas été toujours de même et l'on peut aisément imaginer les critiques qui se faisaient d'autant plus véhémentes qu'une fange non négligeable de la population retrouvait un sens à son existence grâce, en partie, à ce concept.
Pour mieux le comprendre, lisons un extrait du livre L'erreur spirite écrit par René Guenon en 1923 : «Nous ne pouvons songer à entreprendre ici une étude absolument complète de la question de la réincarnation, car il faudrait un volume entier pour l'examiner sous tous ses aspects ; peut-être y reviendrons-nous quelque jour ; la chose en vaut la peine, non pas en elle-même, car ce n'est qu'une absurdité pure et simple, mais en raison de l'étrange diffusion de cette idée de réincarnation, qui est, à notre époque, une de celles qui contribuent le plus au détraquement mental d'un grand nombre.
Nous venons de prononcer le mot de «conception philosophique» ; celui de «conception sociale» serait peut-être encore plus juste en la circonstance, si l'on considère ce que fut l'origine réelle de l'idée de réincarnation. En effet, pour les socialistes français de la première moitié du XIXème siècle, qui l'inculquèrent à Allan Kardec, cette idée était essentiellement destinée à fournir une explication de l'inégalité des conditions sociales, qui revêtait à leurs yeux un caractère particulièrement choquant. Les spirites ont conservé ce même motif parmi ceux qu'ils invoquent le plus volontiers pour justifier leur croyance à la réincarnation, et ils ont même voulu étendre l'explication à toutes les inégalités, tant intellectuelles que physiques. (…) Aujourd’hui, on peut dire que le spiritisme français tout entier a fait de la réincarnation un véritable «dogme» ; Allan Kardec lui-même, d’ailleurs, n’avait pas hésité à l’appeler de ce nom. C’est au spiritisme français, rappelons-le encore, que cette théorie fut empruntée par le théosophisme d’abord, puis par l’occultisme papusien et diverses autres écoles, qui en ont fait également un de leurs articles de foi ; ces écoles ont beau reprocher aux spirites de concevoir la réincarnation d’une façon peu «philosophique», les modifications et les complications diverses qu’elles y ont apportées ne sauraient masquer cet emprunt initial.»
Ce texte nous permet de voir comment, en moins d'un siècle, la conception de la réincarnation a évolué puisqu'un sondage, paru en 1994 dans Les valeurs des Français (PUF) indiquait qu'un quart de nos concitoyens croyaient en la réincarnation et ce chiffre n'a cessé d'augmenter encore, depuis ces 20 dernières années, comme l'atteste l'intérêt des lecteurs pour tous les ouvrages qui traitent de ce sujet. C'est ainsi que ce mot nouveau répondant à une idée nouvelle a su créer, autour de lui, de nouveaux et nombreux adeptes, même si, pour leur très grande majorité, ils ne sont pas spirites...

Le choix de la réincarnation

En travaillant sur le phénomène de la réincarnation, on se rend vite compte qu'il y a de nombreux témoignages d'Esprits venus se communiquer lors d'une séance médiumnique ou en rêve pour prévenir des conditions de leur retour sur Terre et donner des éléments d'identification qui aideront à les reconnaître. Il est beaucoup plus rare, mais pas impossible, de trouver des témoignages de personnes vivantes, annonçant leur renaissance, alors qu'elles ne sont même pas encore parties.

Anastasie chez le magnétiseur spirite lyonnais, Alphonse Bouvier

bull63 bouvierBDans son livre Les vies successives, paru en 1911, le Colonel Albert de Rochas rapporte le cas très intéressant survenu au magnétiseur spirite lyonnais Alphonse Bouvier qui, un jour, pendant une séance de travail, a la surprise d'entendre l'entité, incorporée dans son médium, expliquer qu'elle n'est pas désincarnée mais bel et bien vivante et capable de quitter son corps pour venir se manifester à la séance. Lisons le récit qu'en fait M. Bouvier lui-même :
«Il y a environ 17 ou 18 ans, J'avais sous la main un très bon médium du nom d'Isidore L. avec lequel je m'occupais surtout des phénomènes magnétiques. Un jour après avoir réalisé plusieurs expériences de somnambulisme celui-ci se trouve entransé par une personnalité qui me dit être toujours vivante mais dans une sorte de sommeil comateux pendant lequel elle quittait le corps pour venir se manifester vers moi et me montrer par là que même, vivante sur la terre, il lui était possible de se manifester en dehors de son corps.
Pendant un mois, tous les jours sans exception, cette personnalité s'étant donnée comme l'âme d'une jeune fille du nom d'Anastasie N..., est venue m'entretenir de ce qui se passait dans son milieu ; elle était dans un couvent qu'elle me désigna, ou très malade elle attendait sa délivrance des chaînes qui la tenaient rivée à ce monde ; pendant un mois, dis-je, elle vint me raconter ce que l'on faisait pour elle, prévoyant néanmoins que sa fin était proche ; à un moment donné elle me fit savoir qu'un frère du médium, par lequel elle se manifestait, venait de mourir, tout en me priant de ne rien lui en dire ; ce qui était vrai, à quelques jours de là, il en recevait la nouvelle.
Il va sans dire que je fis prendre des renseignements sur la prétendue malade qui se manifestait ainsi, renseignements, qui furent exacts. La famille de celle-ci habitait place Lafayette, à Rouen.
Enfin après un mois de communication journalière, Anastasie me dit : «C'est fait, cette fois je viens de quitter mon corps et il n'est pas trop tôt, car décidément la charge est trop lourde ici-bas, mais je ne suis pas libre pour longtemps car je vois que bientôt je me réincarnerai à nouveau, ce qui ne me fait pas plaisir mais c'est nécessaire ».
Après de longs entretiens sur les conditions et le milieu où elle était appelée à renaître, elle finit par me dire qu'elle se réincarnerait ici, à Lyon, dans une famille qu'elle désigna, rue Boileau, 204, qu'elle naîtrait du même sexe, puis qu'elle vivrait seulement quelques mois, après quoi elle quitterait la terre pour ne plus y revenir.
Précisant les événements, elle me dit se réincarner dans trois mois environ, que par conséquent, elle renaîtrait à peu près dans un an, mais que, d'ici-là, les événements se produiraient de telle sorte que je pourrais me rendre compte de la réalité.
Effectivement les communications cessèrent au bout d'environ trois mois et, 5 ou 6 mois plus tard, je constatai dans la famille, chez une jeune mère, tous les symptômes d'une grossesse ; le temps fit son œuvre, c'est-à-dire qu'un an après la désincarnation et neuf mois après les dernières communications, naissait dans la famille et dans les conditions prévues, une petite fille qui fut mise en nourrice à Montluel où elle vécut jusqu'à l'âge de 4 mois. Depuis, ce temps aucune autre manifestation de la même personnalité. »
Durant le mois où Anastasie vint se communiquer quotidiennement à M. Bouvier par l'intermédiaire d'Isidore, elle put donner suffisamment de détails pour permettre une enquête immédiate qui s'avéra exacte en tous points : la malade avait dit être hospitalisée dans une institution religieuse de Lyon où, agonisant à l'aube de ses vingt ans, elle profitait de son coma pour partir en repérage afin de choisir sa prochaine incarnation. Après une enquête rapide, Anastasie fut effectivement retrouvée dans un couvent lyonnais, dans l'état physique qu'elle avait indiqué. Les contacts pris avec sa famille de Rouen confirmèrent les éléments biographiques qu'elle avait communiqués et l'annonce de sa fin puis de sa très courte et rapide réincarnation, avant son véritable départ, ont permis de donner les dernières preuves de cette singulière incorporation. L'histoire ne dit pas pourquoi Anastasie n'avait besoin de se réincarner que pendant 4 mois mais il est important de souligner que les dates étaient déjà arrêtées, tout comme la famille qui devait vivre l'épreuve de perdre un bébé était déjà choisie ce qui fait, qu'avant même de partir, Anastasie pouvait déjà annoncer qu'elle ne reviendrait que pour un court moment…

Corliss Chotkin Junior, étudié par le psychiatre américain Ian Stevenson

Cette projection sur sa prochaine incarnation alors que l'on est encore vivant se retrouve dans différents peuples dans le monde entier. C'est le cas, plus particulièrement, chez les indiens Tlingits, une tribu du Sud Est de l'Alaska, réputée pour sa forte croyance en la réincarnation. Selon eux, on se réincarne de préférence dans sa propre famille, mais cela laisse quand même certaines possibilités qu'il faut bien déterminer par avance, quand c'est possible. C'est ainsi que, chez eux, une personne âgée, sentant sa mort approcher, peut aller rechercher le couple qui, selon elle, fera de bons parents. Il peut donc y avoir, à ce moment là, l'équivalent de véritables «entretiens d'embauche» pour départager les potentiels candidats. Puis, quand le couple est choisi, le vieux Tlingit vient annoncer son retour en donnant les signes qui permettront de le reconnaître. En général, il s'agit de cicatrices qui apparaitront comme marques de naissance, mais on peut aussi confier un objet à garder de côté en attendant de pouvoir le reconnaître et le récupérer dans la vie suivante. Le sérieux avec lequel les Tlingits traitent de cette question permet à cette tribu d'avoir, plus que dans tout autre peuple, de nombreux cas suggérant la réalité du phénomène de réincarnation. Ian Stevenson, directeur de recherches neuropsychiatriques, spécialisé dans la médecine comportementale, qui a scrupuleusement étudié ces phénomènes avec son équipe de chercheurs pendant des décennies, a consacré, dans son best seller 20 cas suggérant le phénomène de réincarnation, un chapitre entier aux Tlingits avec, pour eux seuls, l'étude de sept cas sur les vingt situations examinées.
Voici comment débute, par exemple, le cas de Corliss Chotkin Junior : «Victor Vincent, un Tlingit de pure souche, mourut à Angoon au cours de l'été de 1946. Pendant les dernières années de sa vie, il s'était senti particulièrement proche de sa nièce, Mme Corliss Chotkin Sr, fille de sa sœur. Il était souvent venu faire des séjours chez sa nièce et son mari à Sitka et il avait toujours été le bienvenu. Au cours d'une de ces visites, environ un an avant sa mort, Victor Vincent avait dit à sa nièce : «Je vais revenir, je serai votre propre fils. J'espère que je ne bégaierai pas autant que maintenant. Votre fils aura ses cicatrices.» Il enleva alors sa chemise et lui montra une cicatrice dans le dos, provenant d'une opération subie quelques années plus tôt. Elle était très nette et les points de suture se voyaient encore. M. Vincent désigna également une cicatrice à la base du nez, à droite, qui permettrait à sa nièce de le reconnaître lors de sa réincarnation. Cette marque venait encore d'une opération. En prédisant son retour, Victor Vincent dit aussi à sa nièce : «Je sais que j'aurai un bon foyer. Vous ne vous en irez pas et vous ne vous enivrerez pas.» Il faisait allusion aux nombreux alcooliques de la famille. Victor croyait que Gertrude, sa sœur défunte (et donc mère de sa nièce) s'était déjà réincarnée comme la fille de Mme Chotkin. Il y voyait une raison supplémentaire pour retourner dans la famille de sa nièce, déclarant qu'il voulait à nouveau grandir aux côtés de sa sœur.
Le 15 décembre 1947, dix huit mois environ après la mort de Victor Vincent, Mme Corliss Sr donna naissance à un garçon, Corliss Chotkin Jr. A la naissance, ce garçon avait deux marques sur le corps, de même forme et au même emplacement que celles qu'avaient montrées Victor Vincent le jour de sa prédiction.»
A l'âge de 2 ans, le petit Corliss identifie spontanément, tour à tour, d'abord une belle-fille puis le fils de Victor Vincent qui passait dans la rue. À 3 ans, c'est sa veuve qu'il reconnaît dans une foule puis il a diverses occasions de croiser la route de quatre ou cinq vieux amis de Victor Vincent, amis qu'il est spontanément capable de nommer et avec qui il se montre d'une familiarité étonnante pour un enfant envers des étrangers. Toutes ces identifications eurent lieu avant son sixième anniversaire. Corliss a raconté aussi deux épisodes de la vie de Victor Vincent qu'il ne pouvait pas avoir appris normalement selon sa mère. Vers l'âge de neuf ans, il a commencé à faire moins de déclarations sur sa vie antérieure et quand Stevenson l'a interrogé, à 15 ans, il disait ne plus se souvenir de rien sur sa précédente vie mais différents traits de comportement restaient communs entre le jeune Corliss et son grand oncle. Ils se coiffaient de la même manière, avaient tous deux une foi sincère et un grand dévouement aux autres, ainsi que l'amour des moteurs de bateaux et de la vie sur l'eau. Victor Vincent, qui bégayait beaucoup, avait exprimé le désir de moins bégayer dans sa nouvelle vie. Or il s'avère que Corliss bégayait énormément jusqu'à ce qu'il voit un orthophoniste vers l'âge de 10 ans. Il n'y avait plus de traces de bégaiement quand Stevenson rencontra le jeune homme.

La petite Ninie chez Gabriel Delanne

Les Tlingits ne sont, bien sûr, pas les seuls à pouvoir annoncer à leur famille leur retour prochain. Nous en avons un cas comparable dans le livre La réincarnation de Gabriel Delanne.bull63 delanneA Il y mentionne la situation d'une mère racontant comment sa petite fille de 5 ans, sur le point de mourir, lui avait annoncé son retour : « J'avais une délicieuse petite fille que la mort m'a ravie à 5 ans et demi ; dans ses derniers moments, ce petit ange, voyant mes larmes, mon profond désespoir, me dit ces paroles remarquables : «Bonne petite mère, ne te désole pas ainsi, prends courage, je ne pars pas pour toujours, je reviendrai au mois d'avril, un dimanche». Et bien au mois d'avril, et un dimanche, je mis au monde cette petite Ninie (…) Tous ceux qui ont connu la première Ninie la reconnaissent dans la seconde.»
Les autres cas cités par Delanne émanent plutôt d'Esprits désincarnés mais notons qu'ils lui permettent tout de même d'écrire : «Les phénomènes concernant l'annonce d'une future réincarnation sont d'ores et déjà assez nombreux pour s'imposer à nous comme des réalités. J'aurais pu les multiplier davantage si j'avais tenu compte de tous ceux qui me furent envoyés : j'ai dû en éliminer quelques-uns, non seulement par défaut d'espace, mais aussi parce que tout en présentant des caractères évidents d'authenticité, ils pouvaient s'interpréter soit par des auto-suggestions des parents, soit par des transmissions de pensées du cercle au médium.» Or il paraît clair que, lorsque c'est une personne encore incarnée qui vient faire l'annonce de son retour, il est assez difficile de ne pas se suggestionner et donc d'influer sur la réalité de ce que l'on observe. C'est aussi ce qui explique que les témoignages de ce type soient assez rares.

L'éclaircissement des maîtres du spiritisme

Il est assez étonnant de voir que l'on peut, bien que vivant, choisir sa future incarnation. Quand Alan Kardec demande s'il est possible, pour un Esprit, de faire le choix d'une réincarnation en étant encore à l'état corporel (question 267 du Livre des Esprits), il est répondu : «Son désir peut avoir de l'influence, cela dépend de l'intention mais, quand il est Esprit, il voit souvent les choses bien différemment. Ce n'est que l'Esprit qui fait ce choix ; mais encore une fois, il peut le faire dans cette vie matérielle, car l'Esprit a toujours de ces moments où il est indépendant de la matière qu'il habite.»
Dans Le problème de l'Être et de la Destinée, Léon Denis précise les limites de ce choix : «L'Esprit avancé dont la liberté s'accroît en proportion de son élévation, choisit le milieu où il veut renaître, tandis que l'Esprit inférieur est poussé par une force mystérieuse à laquelle il obéit instinctivement : mais tous sont protégés, conseillés, soutenus dans le passage de la vie de l'espace à l'existence terrestre, plus pénible, plus redoutable que la mort. (…) Avant de reprendre contact avec la matière et de commencer une nouvelle carrière, l'Esprit, avons-nous dit, doit choisir le milieu où il va renaître à la vie terrestre. Mais ce choix est limité, circonscrit, déterminé par des causes multiples. Les antériorités de l'être, ses dettes morales, ses affections, ses mérites et ses démérites, le rôle qu'il est apte à remplir, tous ces éléments interviennent dans l'orientation de la vie en préparation. De là la préférence pour telle race, telle nation, telle famille. Les âmes terrestres que nous avons aimées nous attirent. Les liens du passé se renouent en des filiations, des alliances, des amitiés nouvelles. Les lieux mêmes exercent sur nous leur attirance mystérieuse, et il est rare que la destinée ne nous ramène pas plusieurs fois dans les contrées où, déjà, nous avons vécu, aimé, souffert. Les haines aussi sont des forces qui nous rapprochent de nos ennemis d'autrefois, afin d'effacer, par des rapports meilleurs, de vieilles inimitiés. Ainsi nous retrouvons sur notre route la plupart de ceux qui firent notre joie ou nos tourments.
Il en est de même de l'adoption d'une classe sociale, des conditions d'ambiance et d'éducation, des privilèges de la fortune ou de la santé, des misères de la pauvreté. Toutes ces causes si variées, si complexes, vont se combiner pour assurer au nouvel incarné les satisfactions, les avantages ou les épreuves que comportent son degré d'évolution, ses mérites ou ses fautes et les dettes par lui contractées.
On comprendra d'après cela combien le choix du milieu est difficile. Aussi, le plus souvent, ce choix, les intelligences directrices nous l'inspirent, ou bien elles le feront elles-mêmes, à notre profit, si nous ne possédons pas le discernement nécessaire pour adopter, en toute sagesse et prévoyance, les moyens les plus efficaces pour activer notre évolution et purger notre passé.
Toutefois, l'intéressé reste libre d'accepter ou de reculer l'heure des réparations inéluctables. Au moment de s'attacher à un germe humain, lorsque l'âme possède encore toute sa lucidité, son guide déploie devant elle le panorama de l'existence qui l'attend ; il lui montre les obstacles et les maux dont elle sera parsemée ; il lui fait comprendre leur utilité pour développer ses vertus ou dépouiller ses vices. Si l'épreuve lui paraît trop rude, s'il ne se sent pas assez armé pour l'affronter, il est loisible à l'esprit d'en reculer l'échéance et de rechercher une vie transitoire qui accroîtra ses forces morales et sa volonté.
A l'heure des résolutions suprêmes, avant de redescendre dans la chair, l'Esprit perçoit, saisit le sens général de la vie qui va commencer. Il la voit apparaître dans ses grandes lignes, dans ses faits culminants, toujours modifiables cependant par son action personnelle et l'usage de son libre arbitre ; car l'âme est maîtresse de ses actes. Mais dès qu'elle a prononcé, dès que le lien se noue et que l'incorporation s'ébauche, tout s'efface, tout s'évanouit. L'existence va se dérouler avec toutes ses conséquences prévues, acceptées, voulues, sans qu'aucune intuition de l'avenir subsiste dans la conscience normale de l'être incarné. L'oubli est nécessaire pendant la vie matérielle. La connaissance anticipée des événements néfastes qui vont surgir, la prévision des maux ou des catastrophes qui nous attendent, paralyseraient nos efforts, suspendraient notre marche en avant.»
Comme on l'a vu, on peut donc émettre des souhaits d'incarnation future, en espérant être suffisamment avancé et donc sage pour se donner des chances d'aboutir. Ce qui compte c'est, de toute façon, de se dire que, même si l'on fait fausse route dans nos vœux, même si l’on est trop ambitieux ou, au contrair, trop timoré, on sera guidé et conseillé dans la mesure on l'on ne s'entête pas dans un choix qui nous serait préjudiciable. On notera, pour l'anecdote de fin, que le dalaï-lama a dit souhaiter se réincarner dans une femme, car elles ont «plus d’influence sur la société». Vu la belle influence de ce personnage en tant qu'homme déjà, espérons que le souhait de revenir en femme lui soit accordé...

Le symposium de Paris

Nous n'étions qu'une petite cinquantaine venus participer au symposium spirite qui avait été organisé sur Paris, les 12 et 13 septembre 2015, avec pour sujet cette année «l'Unité spirite». Durant ces deux jours, les intervenants se sont succédés à la tribune pour nous faire part de leur vision de ce thème, à commencer par le docteur Nelly Berthold, la douce et non moins énergique présidente de l'Association Médico Spirite Suisse ainsi que d'un groupe spirite situé à Bern, qui, pour nous parler d'Union et Unification, a su faire un parallèle scientifique éloquent en nous rappelant que des pierres, comme la pyrite, résultent uniquement de l'union de deux éléments chimiques mais qu'il n'y a, malgré tout, pas une pierre pareille à une autre. Nelly nous a présenté un exposé clair et agréable où la rigueur scientifique savait se faire discrète derrière la douceur du ton et la volonté de se mettre à la portée du plus grand nombre. Je ne résiste pas au plaisir de lui emprunter cette citation tirée des Métaphysiques d'Aristote qui illustrait si bien le climat de ce symposium : «Dix hommes sincèrement unis dans une pensée commune sont plus forts que cent hommes qui ne s'entendent pas.»
Après une première pause, Francis Delattre s'est, comme à l'accoutumée, exalté en nous parlant de «L'Unité par le partage et l'enseignement» et ne s'est tu que pour nous laisser écouter un émouvant message, de très belle qualité, reçu par incorporation dans son groupe pour mettre en avant l'enseignement de base : «Aimez-vous les uns les autres».
Puis, Mauricette Ruchot, notre chère consœur de Dunkerque, que certains ont pu apprendre à mieux connaître par la lecture de son livre L'au-delà, Messages d'amour, messages d'espoir, nous a parlé d'«Unité et Fraternité Spirite : vers un monde nouveau». Chez elle, j'emprunterai cette citation essentielle d'Allan Kardec, extraite des Oeuvres Posthumes : «Un des plus grands obstacles qui peut entraver la propagation de la doctrine serait le défaut d'unité.»
Après le repas de midi, c'est Jean-Paul Evrard, du cercle spirite belge qui, pour nous exposer son sujet sur «l'Unité de la conscience», a commencé par nous rappeler que la véritable pratique du spiritisme demande impérativement d'aller au-delà d'une connaissance livresque, de dépasser l'étude théorique pour passer à la mise en pratique. Autrement dit, mieux vaut moins savoir, mais appliquer. Par sa démonstration, on en arrive à comprendre qu'il faut accepter les différences mais travailler sur les fondamentaux. Il évoque le souhait de journées œcuméniques, qui resteraient à organiser, pour réunir les obédiences et chercher leurs points communs et il termine en expliquant que, dans chaque religion, il y a des bons qui veulent aller à Dieu mais, comme pour les fleuves, ils se dirigent plus ou moins vite, plus ou moins fort, sur un trajet plus ou moins profond, sinueux, etc.bull63 symposiumC
Richard Buono, le président du CSF et d'un centre spirite sur Nice, a pris la suite pour nous exposer sa vision de «l'Unité dans la diversité» en insistant sur l'union d'objectifs qui est nécessaire pour contrebalancer les inévitables et néanmoins nécessaires différences de perceptions. Si l'objectif d'aide est commun (mais nuancé selon les centres comme l'a remarqué Richard lors de ses différents déplacements), nous ne pouvons pas remettre en cause différentes façons d'y parvenir. La gestion des différences nous impose d'accepter de changer de perception en essayant de se mettre à la place de l'autre. C'est un excellent moyen d’apprendre et donc de s'enrichir ! Il faut être en harmonie avec soi-même mais aussi en harmonie avec le groupe. C'est ainsi, par exemple, qu'un violoniste soliste sera parfait tout seul mais, s'ils sont dix à devoir jouer ensemble, ils devront d'abord s'harmoniser pour éviter les discordances. On est obligé de s'oublier pour privilégier le collectif. Or, devenir un à plusieurs, c'est ce qui définit l'union. Il faut donc bien vérifier que le même objectif est chez chacun tout en restant ferme sur son identité car l'union ne doit pas se faire à n'importe quel prix.
Illustrant parfaitement cette «unité dans la diversité», Anita Becquerel et Gérard Tremerel sont intervenus juste après, ensemble, pour nous faire part de l'expérience qu'ils ont vécu en organisant à Denicé une séance médiumnique entre divers groupes spirites réunissant, pour l'occasion, 9 médiums de 3 groupes différents.
Puis, pour clôturer cette première journée, il nous a été remis un exemplaire de la Charte de Déontologie des Spirites de France composée de 7 articles qui constituent l'engagement moral et fraternel censé nous réunir et qui peut être pris par chacun, individuellement bien sûr.
Le lendemain, la journée a débuté avec Claudia Bonmartin qui nous a retracé brièvement l'histoire du spiritisme en France, partant d'Allan Kardec et de ses liens avec la famille Delanne (ce qui a été l'occasion de parler un peu d'Alexandre Delanne, le père de Gabriel, qui profitait de son métier de voyageur de commerce pour aller rencontrer et aider de nouveaux groupes) jusqu'à Nestor Masotti puis la création du Conseil Spirite International. Ceci nous a aidé à comprendre qu'il y a déjà toute une histoire sur l'Unité spirite dont nous devrions tirer des leçons en veillant à ne pas être trop idéaliste ou figé mais, à partir du moment où il y a bien accord sur les fondamentaux, à être capable de s'enrichir des différences de chacun. Il faudrait donc multiplier les occasions d'interaction ou d'actions de concert par la mise en commun d'archives, le partage d'expériences, les visites de centres, des publications ou des prières communes, des réunions régionales, etc.
Puis, la brésilienne Claudia Werdine nous a parlé du «Centre Spirite, école de l'Esprit» en insistant sur la nécessité d'une étude systématisée de la philosophie spirite pour former des médiums sur des bases qui favorisent l'autodiscipline ainsi que des procédures d'auto-connaissance et de transformation morale afin de pouvoir avoir, par la suite, une autorité morale sur un Esprit souffrant. Nous parlons beaucoup de paix mais, parfois, elle ne se trouve pas dans certains centres spirites. Il faut donc travailler ensemble, en respectant les différences et en maintenant les objectifs. Claudia a utilisé l'image éloquente des doigts d'une main, qui sont tous différents et ont chacun un rôle bien défini mais dont l'union permet d'autres choses encore comme d'attraper, pincer, maintenir, caresser, etc. d’une manière tellement naturelle qu’on ne s'en rend réellement compte que lorsque l'on perd l'usage d'un doigt…
La dernière intervention est laissée à Gérard Trémerel qui développe un sujet sur «l'Unité par nos valeurs». Il s'est basé sur son histoire personnelle spirite, débutée au centre de Bron pendant environ 5 ans avant de monter son propre centre, à Denicé, puis de présenter de nombreuses conférences et interventions diverses pour aider des centres à se créer. Partant d'une citation de Léon Denis «Dans l'Univers, tout est un plan parfait de continuité», il nous fait part de sa réflexion qui l'a emmené dans la forêt de Brocéliande à la recherche de druides ou à la rencontre d'autres groupes spirituels, curieux d'essayer de comprendre la vie après la mort. Gérard a fait intervenir Monique, rencontrée lors de l'une de ses conférences, dont le mari s'est désincarné il y a environ 3 ans et qui, en voulant se mettre en relation avec lui, seule et sans instructions, s'est trouvée perturbée par le bas astral pendant 6 mois.
Comme l'a rappelé Richard Buono lors du discours de clôture, il est difficile de savoir par avance quelles graines vont éclore de toutes ces discussions autour de l'unité. Comme toujours, il faudrait mettre en œuvre toutes les suggestions entendues durant ces deux jours afin que la simple théorie puisse devenir pratique. Mais, pour ne pas tomber dans le premier écueil qui est de n'être qu'un simple «donneur de leçons» (faites ce que je dis, pas ce que je fais), il n'y a pas d'autre choix que de commencer à s'appliquer à soi-même, individuellement, les conseils donnés pour avancer vers l'objectif commun, en respectant les différences et en cherchant continuellement à s'améliorer tout en offrant aux autres les occasions de s'améliorer aussi, librement bien sûr.
Le meilleur moyen d'offrir la paix à un Esprit sera toujours d'avoir soi-même l'esprit en paix. A nous de faire, individuellement, ce qui convient pour y parvenir...