Maladie mentale - Françoise - 08/03/2012

 

Bonjour,
je suis contrainte de vivre avec ma soeur, malade mentale. Elle a, sur un coup de tête, quitté son travail, demandé et obtenu le divorce, quitté la France pour vivre avec moi alors que je l'avais priée de rester chez elle... Elle a débarqué devant ma porte un jour sans valise...
Elle aura bientôt 60 ans. Quand elle ne prend pas ses médicaments, elle délire sur le thème de l'amour, m'ennuie toute la journée avec les mêmes phrases qu'elle répète depuis huit ans, va se promener sur les voies ferrées "pour se faire peur"; elle revient dans une voiture de police et se retrouve hospitalisée d'office, à moins que je promette de bien la surveiller. La dernière fois remonte à dix jours. depuis, nous vivons la porte fermée à clé pour qu'elle ne sorte pas sans être accompagnée. Il lui est arrivé de grimper sur le toit en petite culotte.
Il serait trop long de tout énumérer, mais notre vie est vraiment difficile. Il me faut la laisser seule le temps de faire des courses et de travailler. Je ne sais pas du tout quelle nouvelle ânerie elle va trouver. je n'ai donc jamais l'esprit tranquille. Elle continue de se dégrader. Elle ne peut plus mener à bien la moindre petite tâche: étendre le linge, nettoyer une pièce...
Elle est en permanence angoisée. Elle se tient sur un seul pied, incapable de rester deux secondes sur les deux. Elle se tort les mains sitôt qu'elle pense qu'on ne la regarde pas.
Elle est allée jusqu'à ramasser des mégots de cigarette dans la rue pour les fumer en cachette. Elle ment beaucoup, pour tout et n'importe quoi, même quand la question est anodine, par exemple: "tu t'es fait un thé ce matin?" Elle dira non, mais je vais m'apercevoir qu'elle a laissé le sachet traîner et que l'eau de la bouilloire est chaude...
Je dois veiller à sa propreté, à son habillemant, car elle se clochardise.
Elle est pour moi un poids énorme. Nous sommes allées dans un groupe spirite. Malheureusement, les participants sont portugais ou brésiliens, langue qu'elle ne parle ni ne comprend. La séance se déroule comme suit : nous récitons un "Notre Père", puis nous lisons un paragraphe du "Livre des Esprits", un autre de "L'Evangile". Ensuite, deux ou trois dames, dont celle qui dirige le groupe, font le tour des participants pour faire ce qu'ils appellent "des passes".
Puis la responsable du groupe prie un court moment à haute voix. Le rendez-vous suivant a lieu le mois suivant pour nous, car la séance n'a lieu dans la langue du pays où nous sommes qu'une fois par mois.
Ma soeur, qui vit avec moi depuis plus de deux ans, mais qui venait avant cela souvent, est incapable de l'apprendre malgré mon aide, les cours particuliers, les cours organisés par la ville... Le diagnostique des psychiatres est "dépression" (Elle est toujours plus folle avec moi qu'avec les autres qui peuvent se tromper sur son état, car quand elle veut, elle est presque normale, capable de rester assise et de tenir une conversation amicale.)
Je sais que vous êtes très loin.
J'écris ce mail parce que je suis épuisée et que je garde une goutte d'espoir qu'un jour, quelque chose de bien se passera enfin pour nous.

Bonjour ,
Je ne sais pas exactement ou vous vous trouvez en France, mais sachez que nous vous adressons tout notre soutien. S'il vous est possible de venir un mercredi ou un samedi lors de nos réunions spirites,nous serions heureux de vous accueillir.
De nombreuses personnes fragiles bénéficient du progrès de la science avec un traitement adapté à leur pathologie. Mais pour que l'aide de ces substances soit efficase, il faut une régularité dans la prise des médicaments. Certains malades, incapables de se réguler, on recours à une piqure mensuelle qui peut être pratiquée par un médecin dans un centre médico-psychologique par exemple. D'autres ajoutent des consultations auprès de spécialistes pour soulager leur esprit tourmenté.
Le rôle de la famille est important pour entourer la personne malade, mais il a ses limites. Vous ne pourrez pas constament surveiller votre soeur dans ses moindres faits et gestes. De nombreuses structures d'accueil et associations permettent aux personnes malades comme votre soeur d'être encadré, au moins quelques jours par semaine.
Si elle est dangeureuse pour elle même, puisque vous me dites qu'elle porte atteinte à sa vie régulièrement, l'hospitalisation est justifiée.
Vous essayer de lui donner une vie décente et vous y mettez tous votre coeur, je vous encourage alors car je sais que c'est une dure épreuve d'avoir l'impression que toute l'aide qu'on essaye d'apporter ne porte pas ses fruits. Courage.
Fraternellement,
Céline