Le spiritisme au musée

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Le spiritisme au musée

Ce mois-ci, nous vous présentons deux expositions : la première s'intitule Esprits fantômes et se déroule au Musée de la Magie Robert Houdin, du 3 avril 2021 au 19 septembre 2021. La deuxième parle de peinture et se passe à Chambéry du 19 mai au 22 août.

Esprits fantômes

 L'armoire reconstituée des frères DavenportC'est le musée de la magie de Blois qui présente jusqu’au 19 septembre, Esprit fantômes, une exposition temporaire qui mêle histoire du mouvement spirite et magie dans une scénographiee immersive avec un luxe d’objets et de documents. Elle est due à la collaboration d'Antoine Leduc, de Thibaut Rioult, de Frédaphiéric Tabet, de Pierre Taillefer sous la mise en scène de Ludovic Meunier.

La magie et le spiritisme, les relations tumultueuses

Le mouvement spirite et cet art méritaient bien une exposition tant les magiciens du 19ème et du 20ème siècles ont profité de la vogue spirite pour construire leurs spectacles quand ils n’ont pas eux-mêmes joués aux faux-spirites pour leurrer les crédules ou qu’ils ne cherchaient pas à démonter les supercheries.
En cela, l’exposition de Blois garde le ton des échanges peu amènes du siècle dernier, pour laquelle hormis la figure d’Allan Kardec, dont les écrits ne présentent aucun risque d’électro-aimant caché sous le guéridon, les grandes figures spirites sont sinon des mystificateurs, sinon des naïfs comme Conan Doyle (l’auteur de Sherlock Holmes) abusé dans l’histoire des photographies de fausses fées.
Néanmoins, on appréciera la qualité des documents réunis qui retracent la genèse du spiritisme dès le XVIIIème, et qui montrent l’engouement que suscite ce mouvement au XIXème à travers notamment l’expérience de la maison hantée des sœurs Fox, de la figure de Dunglas Home (qui fit sensation en lévitant en pleine lumière). On découvrira avec intérêt une reconstitution de l’armoire des frères Davenport dont les instruments s’animaient alors que les frères médiums apparaissaient ensuite attachés dans leur box (une vidéo des séances est également présentée). Conan Doyle et l'affaire des fausses féesLe spiritisme est néanmoins replacé dans son importance au regard de l’esprit positiviste en vigueur au XIXème et l’exposition rend hommage aux figures tutélaires du mouvement que sont Allan Kardec et Chico Xavier et il y est rappelé que celui-ci est devenu la « 3ème religion » du pays au Brésil.
L’exposition esquisse également l’impact fort qu’il a eu sur les arts : de la littérature romantique, au théâtre qui réclamaient leurs scènes de spectres vivants, à la photographie avec les clichés de spectres théâtralisés, au cinéma de Méliés (dont la Revue rétrospective moderne des phénomènes spirites avait fait sensation).
Les combats menés entre les deux camps culminèrent avec les deux figures célèbres que sont l’écrivain Arthur Conan Doyle (1859-1930) convaincu de la réalité de l’existence des Esprits et le célèbre magicien, roi de l’évasion, Harry Houdini (1874-1926). Si ce dernier écrit un livre à charge contre les escrocs (A magician among the spirits), les deux finirent par devenir amis et par organiser une séance spirite que le magicien ne jugea pas concluante.
Néanmoins, à la fin de sa vie, Houdini fit promettre à ses proches, de “revenir fidèlement si c’est possible”, grâce à “des codes et des poignées de mains gardés secrets” ; preuve qu’il ne faut jamais jurer de rien...
La conclusion peut être donnée à ces échanges par Allan Kardec dans la revue spirite de juillet 1863 : « On peut imiter une chose, il ne s’ensuit pas que la chose n’existe pas. Les faux diamants n’ôtent rien à la valeur des diamants fins ; les fleurs artificielles n’empêchent pas qu’il y ait des fleurs naturelles ; la double vue de Robert Houdin (un tour du plus grand magicien de son temps) n’a nullement décrédibilisé le somnambulisme, au contraire, parce qu’après avoir vu la peinture, on a voulu voir l’original ».

Spirites - La peinture guidée par les Esprits

 Exposition de ChambéryLe musée des Beaux-arts de Chambéry présente Spirites - La peinture guidée par les Esprits, une exposition temporaire coorganisée par le LaM, musée d’art moderne de Villeneuve-d’Ascq (Nord) qui possède la plus grande collection d’art spirite au monde. Le commissariat d'exposition est de Savine Faupin et de Christophe Boulanger (LaM, Villeneuve-d’Ascq) et la coordination générale est de Marie Clemente (Musées de Chambéry).
Cette exposition a d'abord été présentée à Paris entre avril et novembre 2020 dans le cadre prestigieux du Musée Maillol (exposition "Esprit es-tu là ? Les peintres et les voix de l’au-delà") et que nous avons déjà présenté dans ces pages.
L'exposition pose cette fois ses bagages en Savoie dans le cadre du charmant musée des Beaux-arts de Chambéry dont les locaux rafraîchis il y a quelques années conviennent parfaitement à des expositions de taille moyenne. Ce déménagement a nécessité des ajustements tant de fond que de scénographie qui offrent au visiteur un contenu nécessairement allégé mais qui gagne en clarté et en facilité d'approche pour le néophyte.
L'exposition chambérienne garde la même structuration que celle présentée du musée Maillol : une introduction sur le spiritisme puis une première partie sur les trois figures majeures de mineurs devenus peintres spirites : Augustin Lesage (1876 -1954), Victor Simon (1903 -1976) et Fleury-Joseph Crépin (1875 -1948) suivie d’une seconde partie concernant la peinture de femmes spirites et enfin une dernière salle concernant les liens marquants de l'art spirite avec le mouvement surréaliste.

Une présentation épurée et didactique

Dès l'entrée, la scénographie vient magnifier les œuvres et nous invite à plonger dans l'exposition avec une impressionnante perspective creusée dans les parois de l'espace qui aboutit à l’extrémité de la salle sur La toile bleue de Victor Simon.
L’histoire du spiritisme, moins développée qu’à Paris, est retracée au travers les évènements de Hydesville des célèbres sœurs Fox, par la présence d’une table de séance ayant appartenue à Allan Kardec (provenant du Surnateum de Bruxelles) et par des articles de presse et des caricatures qui montrent l’importance du phénomène des tables tournantes dès le second Empire en Europe.
Le contexte est posé et le récit se recentre ensuite autour des figures des peintres-mineurs et de la fascination des cercles spirites d’alors pour l’Egypte ancienne dont les motifs symétriques des toiles soulignent l’héritage. La mise en regard avec les figures de femmes, présentées dans une section plus réduite qu’à Paris, viennent malgré tout souligner l’importance de celles-ci dans l’art spirite de leur temps avec les figures méconnues de Marie Bouttier, de Madge Gill et Élise Müller/Hélène Smith.
Après ce panorama général, l’exposition tisse des liens entre la production spirite et l’art de son temps comme les poratiques d’écriture automatique des surréaliste et l’art brut de la maison idéale du Facteur Cheval. Aussi vrai que les peintres spirites ne se considéraient pas comme artistes, force est de constater que leur travail a fortement intéressé sinon inspiré des grandes figures du surréalisme comme André Breton (qui fit connaître au grand public les œuvres de Crépin par la publication d’articles).
Le grand mérite de cette exposition consiste dans la clarté de son propos, ouvert à tous, et qui fait découvrir au grand public la vitalité artistique du mouvement spirite au XXème.
Une production dont la fécondité se lit hors du cercle spirite et qui interroge les artistes de son temps faisant dire au peintre Jean Dubuffet : « La création d’art, toute la vie psychique ne sont-elles pas le fruit sinon des esprits, du moins de l’esprit, d’un continuum de l’esprit ».

 la toile bleue