Le poisson d’Agassiz

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Le poisson d’Agassiz

Ce mois-ci, nous vous présentons l'histoire d'une vision Le poisson d’Agassiz. La vision est une forme de médiumnité, elle peut se produire dès qu’il y a un engourdissement des sens, c'est-à-dire dans un état de sommeil ou de demi-sommeil. Suivant la compréhension de l’individu, l’âme peut s’évader. Ce détachement prouve que l’âme possède des facultés qui s’exercent sans le concours des sens physiques comme de la clairvoyance.

En 1832, un jeune naturaliste vaudois, Jean Louis Rodolphe Agassiz, qui deviendra plus tard une des gloires de l'Université d'Harvard, travaillait à Paris à son grand ouvrage sur les poissons fossiles.
La classification de ces espèces éteintes, d'après leurs empreintes sur des plaques schisteuses, n’est pas toujours une chose aisée. L'un de ces poissons en particulier, le Cyclopoma spinosum Ag., lui donnait beaucoup de mal, mais il fut tiré d'embarras par une vision nocturne qu'il raconte :
« Pendant une quinzaine de jours, j'avais tenté à plusieurs reprises de déter¬miner ce fossile, mais sans aucun succès. Quand je vis que mes recherches étaient inutiles, je le mis de côté et n'y songeai plus ; lorsqu'une nuit je m'éveillai, persuadé que j'avais trouvé la solution du problème qui me poursuivait, car je venais de voir en songe mon poisson parfaitement rétabli avec toutes les parties que je n'avais pu découvrir sur l'empreinte.
Mais au moment où je cherchai à retenir cette image et à m'assurer de ma découverte, tout disparut.
De grand matin, je courus au Jardin des Plantes pour voir si je ne retrouverais pas dans l'empreinte quelque trait qui me remit sur les traces de ma vision ; ce fut en vain.
Comme les jours précédents, je ne vis, dans la tête surtout, qu'un amas informe d'os qui paraissaient entièrement brisés.
La nuit suivante, la même vision se répéta, mais sans résultat plus heureux pour moi ; tout disparut à mon réveil.
Espérant un peu qu'une troisième apparition me mettrait en possession de la clef cette énigme, je préparai, avant de me coucher, du papier et un crayon pour pouvoir tracer pendant la nuit ce que je verrais.
En effet, vers le matin je sentis que mon poisson se présentait de nouveau à mon esprit, d'abord confusément, mais un peu plus tard si distinctement que je n'eus plus aucun doute sur ses caractères zoologiques.
Moitié dormant, moitié rêvant, et dans l'obscurité la plus complète, je les traçai sur la feuille de papier que j'avais préparée. Le matin, je fus très surpris de voir dans mon croquis nocturne des traits que je crus d'abord impossible de retrouver sur la plaque, surtout un préopercule dentelé et armé de grosses pointes à son bord inférieur.

Je me rendis tout de suite au Jardin des Plantes, et après plusieurs heures de travail je parvins cependant, à l'aide de mes burins et de mon marteau, à découvrir toutes les parties de la tête que l'on voit si nettement dans ma planche n° 1 et qui, dans la figure de l'Ittiolitologia, un ancien atlas de fossiles, n'existent nullement, quoique faite d'après la même empreinte. »

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