La méthode Pestalozzi, un exemple d'éducation

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Pestalozzi

Ce mois-ci, nous vous présentons La méthode Pestalozzi : un exemple d’éducation. L'éducation influe sur le devenir d'un individu. Au XIXème siècle, à Yverdon en Suisse, un professeur, M. Pestalozzi, met au point une méthode de travail. Allan Kardec y a passé son adolescence. Qu'en est-il de cette méthode où Allan Kardec a puisé un apprentissage considérable.

Plusieurs paramètres influent sur le devenir d’une personne qui se réincarne : la propre volonté de la personne à réaliser les souhaits, projets et devoirs de cette nouvelle incarnation, le cadre familial et social dans lequel elle s’incarne, ainsi que le cadre spirituel de cette personne.
L’éducation constitue une des clefs des parents et éducateurs pour donner des armes à l’incarné afin de pouvoir analyser avec bon sens et raison les situations auxquelles il est confronté et de pouvoir faire face à la vie qui s’offre à lui. Aussi, cette éducation s’avère primordiale afin de donner un équilibre à cette personne au cours de sa croissance, de lui donner un cadre de références sur lequel s’appuyer pour transcender ces propres défauts et avancer en confiance dans la société dans laquelle elle est amenée à évoluer.
Grâce à différents écrits, nous sommes en mesure de pouvoir retracer l’éducation d’Allan Kardec, et, conscients de la grande rectitude morale, du dévouement aux autres et à la doctrine spirite dont il a été un ardent défenseur, il nous parait intéressant aujourd’hui de regarder d’un peu plus près l’éducation dont il a bénéficié et qui ont certainement influencé son chemin de vie. Conformément à ce que nous rapporte Henri Sausse, Allan Kardec, alias Léon Hippolyte Denizart Rivail, réalisa ces premières études à Lyon, sa ville natale, étant éduqué selon des principes sévères d’honneur et de rectitude morale. Il est à présumer que l’influence paternelle et maternelle a été des plus bénéfiques, se faisant source de nobles sentiments. A l’âge de 10 ans, il intègre le célèbre institut d’éducation d’Yverdon (ou Yverdun), ville suisse du canton de Vaud. L’institut d’Yverdon a été installé là-bas en 1805 par le professeur philanthrope Johann Heinrich Pestalozzi.

L’institut de Pestalozzi

 L’institut de Pestalozzi

  Fréquenté tous les ans par un grand nombre d’étrangers, cité, décrit, imité, c’était, en un mot, l’école modèle de l’Europe. Que ce soient, savants, homme de lettres ou d’états, nombreux sont ceux qui se sont intéressés à l’œuvre de Mr Pestalozzi et qui en sont devenus les défenseurs dans leur pays.
Par exemple Johann Fichte, grand penseur et philosophe allemand déclara que « la réforme de l’éducation devait prendre pour point de départ la méthode d’enseignement de Pestalozzi » et ajoute : « De l’institut Pestalozzi, j’espère le sauvetage de l’Allemagne. »
Des hommes de grand mérite, accoururent de différents pays afin de connaître l’institution et ses professeurs, le plan d’études et les processus pédagogiques de son application afin de pouvoir les disséminer par la suite dans leur pays : Angleterre, Allemagne, Hongrie, France, etc. Sa méthode d’enseignement eu une telle renommée que sur le devant d’un monument érigé à la mémoire de Pestalozzi à Birr, une épitaphe disait entre autre chose qu’il avait été, à Yverdon, « l’éducateur de l’humanité ».
Situé dans un ancien château (construit en 1153 par le duc de Zähringen) : l’institut comptait une moyenne de 150 élèves internes (la majorité) et externes, dont la moitié étaient étrangers (non suisse). La réputation de l’institut alla même si loin qu’elle attira jusqu’à des jeunes du Brésil et des États-Unis d’Amérique. Avec des hauts et des bas, le nombre d’étudiants diminua notablement dans les dernières années de l’institut.

L’enseignement 

Pestalozzi croyait que « L’amour est l’éternel fondement de l’éducation » ; langues, croyances, cultures et habitudes différentes se mélangeaient ici, apprenant aux enfants et aux jeunes, dans le mode de vie scolaire, la leçon de fraternité, d’égalité et de liberté.
L’institut Yverdon se chargeait de former des hommes saints et robustes, bons et vertueux, dotés des connaissances essentielles aux relations humaines. Un des disciples de Pestalozzi dit que les activités journalières à l’institut, toujours pleines, actives et fécondes, fortifiaient le corps des enfants, exerçaient en même temps l’attention, l’observation et le jugement, nourrissaient l’esprit, moralisaient le cœur et toutes les manières d’êtres, vivifiaient l’âme, pénétraient l’intimité du sentiment, élevaient la pensée, cultivaient, amplifiaient, développaient et maintenaient en équilibre et harmonie toutes les facultés.
Tout cela était réalisé dans une pleine liberté, sous une direction personnifiée par la raison et la bonté. Le professeur se limitait à suivre et à seconder l’élève dans son auto-développement des facultés de l’esprit que l’on donnait une plus grande attention : « Savoir et bonté sous la régence perpétuelle du bon sens ».  L’institut de Pestalozzi

Divers témoignages permettent d’évaluer la qualité de système d’éducation et le bien-être des enfants qui le suivaient. Roger de Guimps, élève de Pestalozzi de 1808 à 1817, raconte quelques-uns de ces souvenirs, qui montrent l’ambiance saine dans laquelle Allan Kardec vécut durant de nombreuses années : « Les élèves jouissaient d’une grande liberté ; les portes du château restaient ouvertes toute la journée, et sans gardien. On pouvait entrer et sortir à n’importe quelle heure, comme dans toute maison d’une famille simple, et presque aucun enfant ne se prévalait de cela. Ils avaient en général 10 heures de cours par jour, de 6 heures du matin à 8 heures du soir, mais chaque leçon durait seulement une heure et était suivie de petites récréations, pendant lesquelles ordinairement on changeait de salle. D’un autre côté certaines leçons consistaient en gymnastique ou en travaux manuels, comme le cartonnage et le jardinage. La dernière heure de la journée scolaire, de 7 à 8 heures du soir, était dédiée au travail libre ; les enfants disaient On travaille pour soi, et ils pouvaient, selon leur bon plaisir, s’occuper de dessin ou de géographie, écrire à leurs parents ou mettre à jour leurs devoirs.
Roger de Guimps rapporte également dans son témoignage les activités de natation au lac de Neuchâtem, des promenades dans le vaste jardin contigu au château, de l’obligation des exercices militaires pour les élèves majeurs, de l’enseignement facultatif de la danse et de l’escrime, des ascensions dans les montagnes environnantes, du patinage durant l’hiver, des principales fêtes de l’année, y compris celle de l’anniversaire de Pestalozzi, des grandes excursions dans les forêts voisines, afin de réaliser des études et cueillir des plantes, des représentations théâtrales, généralement basées sur des faits héroïques de l’histoire médiévale suisse, des jeux et diversions variés, de l’importance que Pestalozzi donnait au chant : on chantait pendant les intervalles entre les leçons, pendant les récréations, les promenades.
Les maîtres plus jeunes étaient chargés de la surveillance durant tout le temps où ils n’avaient pas de leçons. Ils passaient la nuit dans les dortoirs, prenaient part aux réfections des élèves, avec le même plaisir que ceux-ci ; les accompagnaient au jardin, au bain, en promenade, tout en étant très respectés. Ils étaient les uniques professeurs que les élèves tutoyaient. Divisés en groupes, chaque groupe remplissait ses fonctions en trois jours, car cette surveillance les occupait du matin jusqu’au soir. Trois fois par semaine, les maîtres rendaient compte à Pestalozzi de la conduite et du travail des élèves ; ces derniers, cinq à six à chaque fois, étaient appelés auprès du « vieux » afin de recevoir ses admonestations et exhortations. Pestalozzi les emmenait alors, l’un après l’autre, dans un coin de son cabinet de travail, et parlait avec eux en sourdine. Il leur demandait s’ils avaient quelque chose à lui dire, à lui demander ; il cherchait ainsi à gagner leur confiance, afin de voir s’ils se sentaient bien, ce qui leur plaisait ou leur déplaisait. Tous les dimanches, les travaux de la semaine étaient passés en revue. 

Toutes ces activités et bien d’autres ici non mentionnées, expliquent la raison du renom mondial dont jouissait l’institut d’Yverdon. « Il n’y avait ni punitions ni récompenses. Seule la discipline du devoir était admise, ou mieux, la discipline de l’affection, de l’amour ». Dans les admonestations qu’il faisait, toujours indirectes, il mettait tant de bonté et de compréhension dans ses paroles, qu’il n’était pas rare de voir les élèves se retirer avec dans les yeux des larmes de sincère repentir. En plus de recevoir une excellente préparation physique, intellectuelle et morale, les élèves étaient également éduqués pour vivre en société, de manière à ce qu’ils puissent affronter le monde en n’importe quelle situation ou circonstance.
Il était commun pour les parents d’aller à Yverdon rendre visite à leurs enfants dans l’institut de Pestalozzi, enfants bien souvent en régime d’internat.

Divulgation de la méthode Pestalozzi en France 

L’enseignement primaire et secondaire dans les villes françaises y compris Paris, était très imparfait au commencement du XIXe siècle. Pas suffisamment d’écoles, des professeurs mal formés, mal rémunérés, des méthodes non adaptées aux besoins des élèves et des enseignements pas en adéquation aux nécessités réelles. En 1810, l’éducation des enfants permettaient encore les punitions corporelles pour les élèves du cours primaire.
S’informant du remarquable programme éducatif appliqué à Yverdon, de nombreuses familles françaises finirent par envoyer ces derniers à l’institut de Pestalozzi. En peu de temps, il y eut presque autant d’élèves français que d’élèves allemands, amenant la direction à avoir besoins de plus de professeurs qui sachent la langue française. C’est ainsi que fut engagé Alexandre-Antoine Boniface. A l’institut d’Yverdon, Boniface fut en même temps disciple et maître, ayant enseigné de 1814 à 1817. Homme bon et simple, hautement estimé, aussi bien par le corps enseignant que par les élèves, il est devenu le centre de tout ce qui se disait à respect du français. Respecté et estimé, il maintenait une étroite camaraderie avec les élèves, exerçant sur ces derniers la meilleure influence. Avec une bonne instruction basique et un goût très pur, il donnait d’excellents cours de grammaire et de littérature française, toujours écoutés avec une satisfaction générale par tous les élèves.
C’est notamment grâce au professeur Boniface que la méthode d’enseignement de Pestalozzi progressa en France, il y fonda une école qui ouvrit ces portes le 1er mai 1822 et qu’il dirigea jusqu’en 1841, année de son décès.

L’influence de Pestalozzi sur Léon Hippolyte Denizart Rivail 

Rivail nous raconte qu’Alexandre Boniface protégea son enfance, ayant été un de ces premiers maîtres. Rivail serait entré à l’institut Pestalozzi à l’âge de dix ans en 1815, durant la période où la renommée de l’institut s’étendit jusqu’en France, amenant de nombreuses familles à envoyer leurs enfants en pensionnat. Sa soif de savoir exigeait un établissement d’enseignement à la hauteur de son talent précoce et de son ingénieuse intelligence.
Le 12 décembre 1815, la femme de Pestalozzi mourut. Le jour suivant sa désincarnation, l’inconsolable veuf réunit, tôt le matin, dans la salle de culte, autour du cercueil, tous les élèves de l’institut. Ici, Rivail, bien qu’encore petit, put sentir la douleur profonde de Pestalozzi, en entendant ses tristes lamentations autour de cette séparation. Et certainement, de nombreuses interrogations pour lesquelles il aura eu bien plus tard, une réponse rationnelle et convaincante, durent passer par son esprit doté d’une rare précocité. Pestalozzi était un fervant croyant en l’amour infini de Dieu. Il croyait même en une vie après la mort.
Dans la période à laquelle il étudia au château d’Yverdon, Rivail y vécut fraternellement avec des étudiants de différentes nations et âges, parmi par exemple Roger de Guimps, etc. Le jeune écolier lyonnais, auquel le destion réservait une sublime mission, se révéla rapidement l’un des disciples les plus fervents de l’insigne pédagogue suisse, déjà plié par soixante dix années de luttes, réalisations et déceptions. Doté de l’avidité du savoir et d’un esprit aigu d’observateur, il acquit très tôt l’habitude de l’investigation. Son intérêt, par exemple, pour la botanique l’emmena, parfois, à passer un jour entier dans les montagnes proches d’Yverdon, avec un sac à dos, à la recherche de spécimens pour son herbier. Alliant à tout cela, une irrésistible inclination pour l’étude des problèmes complexes de l’enseignement, Rivail s’attacha la sympathie et l’admiration du vieux maître, devenant, des années plus tard, un efficace collaborateur. Les exemples de bienveillance et d’amour envers son prochain, vécus par Pestalozzi orientèrent pour toujours l’existence du codificateur. Ces qualités, jusqu’au « bon sens » que Flammarion attribuait à Kardec, ont été cultivées et fortifiées par les leçons reçues à l’institut d’Yverdon, ou également « se sont développées les idées qui devaient plus tard, le placer dans la classe des hommes de progrès et des libres penseurs ».
De cette manière, ces principes et ces idées restèrent enracinés dans l’âme de Rivail, qui de nombreuses années plus tard, se souvenant, peut-être, de la grande famille unie d’Yverdon, affirmait qu’elles constituaient à elles seules, « le programme de tout un ordre social qui réaliserait le progrès le plus absolu de l’humanité, si les principes qu’ils représentent pouvaient recevoir leur entière applications ». 
La vie d’Allan Kardec, n’est donc pas compréhensible sans la vie scolaire de Denizard Hippolyte Léon Rivail.

Source : Zeus Wantuil et Francisco Thiesen, 2004. Allan Kardec, l'éducateur et le codificateur, tome 1. Éditions du CSI, 400p.