La personnalité humaine

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La personnalité humaine de William Henry Myers

Ce mois-ci, nous vous présentons La personnalité humaine. Frederic William Henry Myers (1843-1901) consacra les 30 dernières années de sa vie à l'étude des phénomènes psychiques. Il créa en 1873 un groupe dont le but était l'étude de ces phénomènes ; ce groupe prendra en 1882 le nom de Society for Psychical Research. Il comptait comme membres fondateurs : Frederic Myers, Edmund Gurney, Henry Sidgwick, et Stainton Moses.

« Ces recherches, écrit Myers, devaient porter avant tout, comme toute recherche scientifique au sens strict du mot, sur des faits objectifs réellement observables et reposer sur des expériences que nous puissions répéter aujourd'hui, avec l'espoit de les dépasser demain. Il ne pouvait s'agir que de recherches basées, pour employer un terme ancien, sur l'hypothèse uniformiste, c'est-à-dire sur la proposition que, si un monde spirituel existe, et si ce monde a été, à une époque quelconque, susceptible de se manifester et d'être découvert, il doit en être de même de nos jours. »

La personnalité humaine parut deux ans après la mort de Myers, en 1903. A travers l'étude de phénomènes tels que le sommeil, le génie, l'hypnotisme, la possession, l'extase, les fantômes des morts, Myers postule : « il existe une conscience plus vaste, des facultés plus profondes, dont la plupart restent virtuelles en ce qui concerne la vie terrestre, dont la conscience et les facultés de la vie terrestre ne se sont dégagées qu'à la suite d'une sélection et qui s'affirment de nouveau dans toute leur plénitude après la mort. J'ai été amené à cette conclusion qui a revêtu pour moi sa forme actuelle il y a 14 ans environ, lentement, à la suite d'une longue série de réflexions basées sur des preuves dont le nombre allait en augmentant progressivement. C'est là une conception qui jusqu'ici a été considérée comme purement mystique et si je m'applique à lui donner une base scientifique, je n'aurai certainement pas la chance de pouvoir la formuler en termes définitifs ni de l'appuyer à l'aide des meilleurs arguments qu'une expérience plus longue est seule capable de fournir. Mais la valeur de cette conception ressortira aux yeux du lecteur, grâce à la succession des preuves exposées dans ce livre...
Je considère pour ma part que l'ancienne hypothèse d'une âme incluse dans l'organisme, le possédant et s'en servant, mais présentant un rapport réel, quoique obscur, avec les différents groupements conscients, disparates d'une façon plus ou moins apparente et manifestant leur existence en connexité avec l'organisme et avec des groupements plus ou moins localisés de la matière nerveuse, je considère que cette hypothèse n'est ni plus obscure ni plus embarrassante que n'importe quelle autre de toutes celles proposées jusqu'à ce jour. Je prétends même qu'elle peut être prouvée - et pour moi cette preuve est déjà faite par l'observation directe. Il est prouvé pour moi que certaines manifestations d'individualités centrales associées actuellement ou antérieurement à des organismes définis ont été observées indépendamment de ces organismes, soit durant la vie de ces derniers, soit après leur mort. Mais que ce fait soit ou non suffisamment prouvé, il ne se trouve en désaccord avec aucun principe scientifique ni aucun fait établi ; il parait plutôt probable qu'une observation continue finira par en fournir une preuve suffisante. La thèse négative au contraire est une thèse dont l'équilibre est instable ; elle ne peut être prouvée d'une façon absolue par des arguments négatifs, quel qu'en soit le nombre, et peut au contraire être absolument réfutée par un seul argument positif. Elle jouit peut-être à présent d'une plus grande faveur scientifique, mais ne possède aucune autorité vraiment scientifique à l'égard de l'opinion que nous défendons.

On peut lire en conclusion : « D'un autre côté, et ici la raison d'ordre pratique que nous avons donnée plus haut prend un caractère plus large et plus profond, il serait injuste envers les données elles-mêmes que nous avons acquises de terminer cet ouvrage sans toucher d'une façon plus directe que nous ne l'avons fait jusqu'ici à quelques-unes des convictions les plus profondes de l'homme. Leur influence ne doit pas être limitée aux conclusions, quelques importantes qu'elles soient, qui en découlent immédiatement. Ces découvertes sont plutôt de nature à contribuer, plus que toutes les autres, à l'achèvement ultime du programme de domination scientifique que l'Instauratio Magna avait formulé pour l'humanité. Bacon avait prévu la victoire progressive de l'observation et de l'expérience, le triomphe du fait réel et analysé, dans tous les domaines des études humaines ; dans tous sauf un. C'est en effet à l'Autorité et à la Foi qu'il abandonna le domaine des « choses divines ». Je tiens à montrer que cette grande exception n'est plus justifiée. Je prétends qu'il existe une méthode d'arriver à la connaissance de ces choses divines avec la même certitude, la même assurance calme auxquelles nous devons les progrès dans la connaissance des choses terrestres. L'autorité des religions et des églises sera ainsi remplacée par celle de l'observation et de l'expérience. Les impulsions de la foi se transformeront en convictions raisonnées et résolues qui feront naître un idéal supérieur à tous ceux que l'humanité avait conçus jusqu'ici.
La plupart des lecteurs des pages précédentes auront sans doute été préparés à l'opinion ainsi exprimée franchement. Mais peu nombreux seront ceux auxquels cette opinion ne paraîtra pas à première vue bizarre et invraisemblable. La philosophie et l'orthodoxie s'accorderont à la trouver présomptueuse, et la science elle-même n'acceptera pas sans objection qu'on fasse entrer dans ses cadres des faits dont elle avait pendant longtemps l'habitude soit de nier l'existence, soit en tout cas de méconnaître la valeur. Je n'en suis pas moins convaincu qu'il apparaîtra à la réflexion que le changement de point de vue que je propose est plus que nécessaire : il est inévitable. »

 Frederic Williams Myers

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