La saga de l’Ectoplasme de Michel Granger

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La saga de l’Ectoplasme de Michel Granger

Ce mois-ci, nous vous présentons La saga de l’Ectoplasme de Michel Granger. Cet ouvrage volumineux se veut être une encyclopédie sur toutes les manifestations physiques que de nombreux médiums ont obtenus.

Une saga est, selon le dictionnaire Hachette, un cycle romanesque évoquant l’épopée d’une famille.
Si l’on considère les spirites comme une grande famille et ceux qui ont eu l’occasion de côtoyer des médiums à matérialisation comme une petite branche de cette grande famille, alors le mot est tout indiqué pour nous promettre les petites et les grandes histoires, les relations et les liens, les succès et les déboires de tous ceux qui ont « donné corps » à ce qui peut pourtant paraître, pour certains, totalement illusoire.
L’ectoplasme, cette forme visible qui serait produite par émanation psychique de certains médiums, intrigue et interpelle les uns, fait crier au charlatanisme les autres. Mythe ou réalité ? Michel Granger, par le choix de son titre, montre qu’il est prêt à faire le tour de la question en enquêtant, autant qu’il lui est possible, sur le domaine. Son sous-titre « enquête critique et objective sur le phénomène des matérialisations médiumniques d’hier et d’aujourd’hui » promet, en plus, une certaine impartialité qui peut faire toute la différence sur cet épineux sujet.
Quand on voit les 923 pages de ce premier tome, on se demande quel contenu peut bien remplir toutes ces feuilles ! La lecture du sommaire est édifiante : complet, construit, progressif, l’auteur commence par rechercher des traces d’ectoplasme dans le temps comme dans l’espace, à travers l’histoire, les cultures ou les sciences.

Les phénomènes précurseurs

Si les premières descriptions modernes de la substance ectoplasmique remontent seulement au XVIIIème siècle, Michel Granger veut vérifier si le phénomène est bien, comme le pense Gabriel Delanne ou, plus récemment, Elisabeth Kübler Ross, « aussi vieux que l’humanité ». On sait que, pour les spirites, entre autres, la résurrection du Christ peut s’expliquer par le fait que l’un des apôtres serait un médium à matérialisation, mais l’auteur approfondit le sujet en citant Arthur J. Wills, président de l’US College of Psychic Science and Research, qui note dans les Évangiles pas moins de 18 passages où il voit des allusions à peine masquées aux phénomènes de matérialisation et de transfiguration. C’est avec un même soin que Michel Granger examine aussi des traces d’ectoplasme dans de vieux textes grecs, égyptiens, chinois, hindous ou dans les traditions des Indiens d’Amérique du Nord, comme dans l’alchimie et l’occultisme.
Les premières apparitions « en chambre » à base d’ectoplasme remontent à l’année 1871 dans l’État de New York. Décrit par les journaux, le phénomène s’étend ensuite en Grande-Bretagne où l’on prendra aussi les premières photos d’ectoplasme en 1873.
Le son est venu plus tôt, dès mars 1848, avec les sœurs Fox, dont l’histoire, détaillée sur une dizaine de pages, comprend évidemment les supercheries avouées puis reniées et la triste fin dans la déchéance et l’alcool. Kate Fox a tout de même réussi à matérialiser l’Esprit d’Estelle Livermore à son mari, alors veuf inconsolable, pendant 388 séances tenues sur 5 ans, ce qui atteste bien de ces capacités de médium à matérialisation. Malgré leur réputation de fraude, les sœurs Fox ont eu le mérite de populariser le phénomène et de permettre que des photographes, autour de 1850, commencent à s’interroger sur les étranges « anomalies » qui apparaissent sur certaines photographies. Ici encore, l’intéressant filon à développer pousse à la fraude et jette ensuite le doute sur les apparitions pourtant jugées authentiques.

Ectoplasmique mon cher Watson !

Après ce passage sur les phénomènes précurseurs, le chapitre suivant est consacré à l’auteur à succès Arthur Conan Doyle, grand défenseur de la cause spirite, qui s’est passionné sur l’ectoplasme. Il avait pourtant, en 1881, d’abord entamé une carrière de médecin, matérialiste « comme la plupart ses médecins » (sic), mais il commence doucement à s’intéresser au spiritualisme puis à l’étudier, de plus en plus assidûment jusqu’à devenir un véritable passionné du paranormal. C’est dans le Light du 21 octobre 1916, qu’ACD officialise sa croyance en la possibilité de communication avec les morts. Il prend son bâton de pèlerin et commence, dès 1917, une série de conférences où il présente le spiritualisme non pas comme une nouvelle religion, mais comme une force de ralliement, d’unification. L’année suivante, en 1918, il perd son fils Kingsley à la guerre. Il se consacre alors presque entièrement à la doctrine, cherchant inlassablement à obtenir « ces preuves substantielles et empiriques d’un spiritualisme consistant avec la révolution scientifique ».
Ses conférences dans le monde entier (on s’accorde à dire qu’il parcourut 50 000 miles et parla devant 300 000 personnes) sont autant d’occasions de rencontrer des médiums à matérialisation et d’assister à des séances dont il rend compte en détail, ce qui contribue évidemment à l’enrichissement de notre sujet.

Quand la science rencontre l’ectoplasme

L’auteur poursuit avec un chapitre consacré, cette fois, au grand physicien William Crookes et aux études approfondies qu’il fit sur la médium Florence Cook ainsi que sur la matérialisation complète et plusieurs fois répétée d’une entité prenant la forme d’une séduisante jeune fille fantôme et disant s’appeler Katie King. Il existe diverses photos connues de Katie King, la plupart datant de 1873 ou 1874, posant parfois juste à côté du savant, mais nous avons eu l’agréable surprise de découvrir, dans l’ouvrage, de nouvelles photos exclusives, dévoilées récemment, et du plus bel intérêt.
Puis, Michel Granger dissèque le moindre détail physiologique de l’ectoplasme avant d’en détailler ses différentes et nombreuses formes. Certaines photos sont impressionnantes et les informations ou références données toujours riches et complètes. Alors qu’on le pensait très anecdotique, on découvre un phénomène beaucoup plus fréquent et varié qu’on aurait pu le supposer de prime abord et qui mérite donc largement qu’on lui fasse une plus grande place dans les capacités humaines encore incomprises de nos jours...

L’âge d’or de l’ectoplasme

Après ce passage sur les phénomènes précurseurs, le chapitre suivant est consacré à l’auteur à succès Arthur Conan Doyle, grand défenseur de la cause spirite, qui s’est passionné sur l’ectoplasme. Il avait pourtant, en 1881, d’abord entamé une carrière de médecin, matérialiste « comme la plupart ses médecins » (sic), mais il commence doucement à s’intéresser au spiritualisme puis à l’étudier, de plus en plus assidûment jusqu’à devenir un véritable passionné du paranormal. C’est dans le Light du 21 octobre 1916, qu’ACD officialise sa croyance en la possibilité de communication avec les morts. Il prend son bâton de pèlerin et commence, dès 1917, une série de conférences où il présente le spiritualisme non pas comme une nouvelle religion, mais comme une force de ralliement, d’unification.
L’année suivante, en 1918, il perd son fils Kingsley à la guerre. Il se consacre alors presque entièrement à la doctrine, cherchant inlassablement à obtenir « ces preuves substantielles et empiriques d’un spiritualisme consistant avec la révolution scientifique ».
Ses conférences dans le monde entier (on s’accorde à dire qu’il parcourut 50 000 miles et parla devant 300 000 personnes) sont autant d’occasions de rencontrer des médiums à matérialisation et d’assister à des séances dont il rend compte en détail, ce qui contribue évidemment à l’enrichissement de notre sujet.

Un impressionnant travail de recherche

On imagine le travail colossal de recherches, entrepris par Michel Granger durant 40 ans. Docteur en physique-chimie, et malgré un veuvage très jeune, à 29 ans, il a eu une brillante carrière d’ingénieur chimiste, mettant au point divers brevets, mais cela ne l’a jamais empêché de se consacrer à tout ce qui peut nous paraître paranormal, inexpliqué. Sa formation de scientifique l’aide à enquêter sur tout ce que l’on qualifie d’étrange et de mystérieux. Il en rend compte à travers plus de 1600 articles et chroniques parus dans divers journaux et revues. Il est l’auteur de 13 essais publiés dont 5 dans le genre réalisme fantastique.

 Michel Granger

Sympathisant spirite, il nous livre ici ce qu’il qualifie lui-même « d’œuvre de sa vie », en nous restituant 40 ans de recherches passionnées qui ont nécessité plus de 10 ans pour organiser et rédiger la somme de tous ces résultats, ce qui en fait, sans aucun conteste, l’ouvrage le mieux documenté sur la question de l’ectoplasme.
Cet investigateur psychique indépendant devrait nous donner bientôt à découvrir les 2 tomes suivants, où l’on verra qu’après une période de discrédit, due à de trop nombreuses fraudes, elles-mêmes parfois dues à une immense pression sur les médiums, avec des contrôles de plus en plus stricts et déshumanisés, l’ectoplasmie demeure intacte aujourd’hui encore, dissimulée sous des manifestations moins spectaculaires. L’auteur réussira-t-il à réhabiliter l’ectoplasme en lui donnant la place qu’il devrait normalement avoir dans les facultés humaines exceptionnelles reconnues ? C’est ce que nous verrons, lorsque nous aurons la joie de lire la suite de cette passionnante et instructive saga...

Vous pouvez obtenir ici cet ouvrage