Ermance Dufaux de la Jonchère

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Ce mois-ci, nous allons vous parler des communications de personnages de notre histoire de France psychographié par une jeune médium historienne Ermance Dufaux de la Jonchère. Voici donc deux exemples de ces dictées faites par l’esprit de Louis XI.

 Ermance Dufaux

Une jeune médium historienne devenue grande combattante pour la cause spirite

Ermance Dufaux de La Jonchère est née à Fontainebleau, en 1841. Issue d’une famille bourgeoise aisée, son père, héritier d’un château et de terres, produisait blé et vins dans sa région. Les premiers signes de médiumnité apparurent à l’âge de 12 ans : psychographie ou écriture automatique avec des communications de personnages de notre histoire de France ; puis développement de psychophonie (incorporation d’entités).

Ses ouvrages médiumniques

1855 : Jeanne d’Arc par elle-même, actuellement édité par les éditions Philman
1854 : Louis IX par lui-même (censuré avant parution et que nous n’avons pas retrouvé)
1858 : Louis XI par lui-même (paru en partie dans la Revue Spirite d’Allan Kardec et dans La Vérité, journal spirite lyonnais mais dont nous n’avons pas actuellement tous les chapitres)

En 1857, Ermance Dufaux rencontre Hippolyte Rivail (Allan Kardec) lors de la sortie du « Livre des Esprits ». Il lui demande de collaborer, avec d’autres jeunes médiums, à la réalisation de la seconde édition du « livre des Esprits ».
En 1858, elle crée avec son père, pour la plus grande joie de Kardec, la Société Parisienne d’Etudes Spirites (règlement de la société édité dans Le Livre des Médiums – Allan Kardec). Elle partagera sa vie entre la diffusion du Spiritisme et l’écriture de livres sur l’enfance et la famille.

Ses ouvrages non médiumniques sont

« Le savoir vivre » 1878
« Ce que les maîtres et domestiques doivent savoir » 1884
« L’enfant, hygiène et soins maternels » 1886
« Traité pratique de la broderie » 1888.

Voici deux exemples de ces dictées faites par l’esprit de Louis XI. Mais auparavant, nous allons vous retracer en quelques lignes la vie même de ce Louis XI

 Louis XI

Louis XI est né le 3 juillet 1423, dans le palais épiscopal de Bourges. Fils de Charles VII et de Marie d'Anjou, c'est un enfant rebelle. Il avait, avec son père, des rapports conflictuels, et ce dernier l’envoya, dès l’âge de trois ans, vivre avec sa mère à Ambroise. Il y demeura reclus jusqu’à l’âge de dix ans. A treize ans, son père organise ses fiançailles avec Marguerite d’Ecosse, ce qui ne fit que creuser le fossé qui séparait le père et le fils. A l’âge de dix sept ans, Louis XI s’associe à une révolte contre Charles VII, mais dut s’incliner. Il fut contraint de s’isoler en Dauphiné où il épousa Charlotte, fille du Duc de Savoie, et continua à comploter contre son père. Charles VII meurt en 1461 et Louis XI devint roi. Il s’entoure de ses fidèles, taxe davantage les nobles, augmente les impôts et contrôle les revenus ecclésiastiques. Il est avare, pauvrement vêtu et apprécie les gens simples, contrairement aux fastes de la cour de son père. Charlotte lui donnera sept enfants et Marguerite de Sassenage, sa maîtresse, deux enfants. Louis XI a toujours été d’une nature pieuse. Il était un habile manipulateur, savait enrober ses adversaires, (il était surnommé l’universelle aragne, l’araignée), était autoritaire, parfois cruel, de mauvaise foi et sans scrupules.
A cette époque, la France est constituée de fiefs, mais la Bretagne et la Bourgogne représentent des dangers pour l'unité française. Louis XI veut abattre ces fiefs, et veut restaurer le pouvoir royal. Il instaure la perception d'impôts réguliers, la Taille, l'Aide et la Gabelle. Il met en place le service des Postes, améliore l'organisation militaire, développe l'imprimerie, améliore les routes et bâtit la première manufacture de soierie.
Mais Charles le Téméraire (fils de Philippe le Bon, duc de Bourgogne), tente d’abattre Louis XI afin de combattre ces nouveaux impôts ainsi que l’épuration du personnel politique. Pour se défendre, Louis XI fit appel à François Sforza et aux Liégeois. A l'issue d'une bataille incertaine, Louis XI négocie des accords, qu'il n'honorera jamais. Il garde une rancune vis-à-vis des rebelles, et en fera exécuter plusieurs.
Charles le téméraire souhaite réunir la Flandre à la Bourgogne. Il fait emprisonner Louis XI pour le contraindre ; mais ce dernier, libéré, se fait délier de ses promesses car obtenues sous la menace.  Louis XI

Louis XI donne la Guyenne à son frère, le duc du Berry, pour l'éloigner du duc de Bourgogne, le brouillant avec les anglais qui convoitaient cette terre. Louis XI était encore sans enfant mâle, et le duc de Berry se trouvait ainsi l'héritier de la couronne. Il est probable qu'une aussi belle perspective contribuait beaucoup à lui inspirer du calme et de la patience, mais la naissance d'un Dauphin vint changer sa position et ses sentiments. De ce fait, le Duc de Berry s'allie à la Bretagne, la Bourgogne et l'Angleterre pour punir Louis XI de ne pas tenir ses engagements. Le roi ne tarda pas à en être informé et le hasard lui fit découvrir le complot le plus vaste et la ligue la plus redoutable qui eût encore été formée contre lui. Le Duc meurt deux ans plus tard, empoisonné ainsi que la dame de Montsoreau.
En 1471 Louis XI et Charles le Téméraire s'affrontent en Picardie. Louis XI acceptant les exigences anglaises met un terme à la guerre de cent ans. Charles le Téméraire, de plus en plus isolé, attaque la Lorraine. Il sera tué alors qu'il pourchasse les fuyards de son armée. Louis XI envahit aussitôt l'Artois, le Boulonnais, le Hainaut et la Picardie qui passent sous le drapeau français. Louis XI met fin au Moyen-âge, rattache à la couronne de France la Bourgogne et la Picardie, l'Anjou, le Maine et le royaume de Provence. Il tient son royaume de main ferme.
Cependant, sentant la fin s'approcher, Louis XI se retire dans son château de Plessis-lès-Tours. Il plonge dans une dévotion excessive. Il meurt le 30 août 1483 d'une congestion cérébrale.

Première dictée, la mort de Louis XI

« Ne me croyant pas assez de fermeté pour entendre prononcer le mot de mort, j'avais bien souvent recommandé à mes officiers de me dire seulement, lorsqu'ils me verraient en danger : « Parlez peu » et que je saurais ce que cela signifierait. Lorsqu'il n'y eut plus d'espoir, Olivier le Daim me dit durement, en présence de François de Paule et de Coittier :
- Sire, il faut que nous nous acquittions de notre devoir. N'ayez plus d'espérance en ce saint homme ni en aucun autre, car c'en est fait de vous : pensez à votre conscience, il n'y a plus de remède.
A ces mots cruels, toute une révolution s'opéra en moi ; je n'étais plus le même homme, et je m'étonnai de moi. Le passé se déroula rapidement à mes yeux et les choses m'apparurent sous un aspect nouveau : je ne sais quoi d'étrange se passait en moi. Le dur regard d'Olivier le Daim, fixé sur mon visage, semblait m'interroger ; pour me soustraire à ce regard froidement inquisiteur, je répondis avec une apparente tranquillité :
- J'espère que Dieu m'aidera ; je ne suis peut-être pas, par aventure, si malade que vous le pensez.
Je dictai mes dernières volontés et j'envoyai près du jeune roi ceux qui m'entouraient encore. Je me trouvai seul avec mon confesseur, François de Paule, le Daim et Coittier. François me fit une touchante exhortation ; à chacune de ses paroles il me semblait que mes vices s'effacaient et que la nature reprenait son cours ; je me trouvai soulagé et je commençai à recouvrer un peu d'espoir en la clémence de Dieu.
Je reçus les derniers sacrements avec une piété ferme et résignée. Je répétais à chaque instant : « Notre Dame d'Embrun, ma bonne maîtresse, aidez-moi ! »
Le mardi 30 août, vers sept heures du soir, je tombai dans une nouvelle faiblesse ; tous ceux qui étaient présents, me croyant mort, se retirèrent. Olivier le Daim et Coittier, qui se sentaient chargés de l'exécration publique, restèrent près de mon lit, n'ayant pas d'autre asile.
Je recouvrai bientôt une entière connaissance. Je me relevai sur mon séant et je regardai autour de moi ; personne de ma famille n'était là ; pas une main amie ne cherchait la mienne, dans ce suprême moment, pour adoucir mon agonie par une dernière étreinte. A cette heure, mes enfants se réjouissaient peut-être, tandis que leur père se mourait. Personne ne pensa que le coupable pouvait encore avoir un coeur qui comprendrait le sien. Je cherchai à entendre un sanglot étouffé, et je n'entendis que les éclats de rire des deux misérables qui étaient près de moi.
Je vis, dans un coin de la chambre, ma levrette favorite qui se mourait de vieillesse ; mon coeur en tressaillit de joie, j'avais un ami, un être qui m'aimait.
Je lui fis signe de la main ; la levrette se traîna avec effort jusqu'au pied de mon lit et vint lécher ma main mourante. Olivier aperçut ce mouvement ; il se leva brusquement en jurant et frappa le malheureux chien avec un bâton jusqu'à ce qu'il eût expiré ; mon seul ami me jeta, en mourant, un long et douloureux regard. Olivier me repoussa violemment dans mon lit ; je me laissai retomber et je rendis à Dieu mon âme coupable.

Deuxième dictée, l’empoisonnement du duc de Guyenne

 Louis XI

« Je m'occupai ensuite de la Guyenne. Odet d'Aidies, seigneur de Lescun, qui s'était brouillé avec moi, faisait faire les préparatifs de la guerre avec une merveilleuse activité. Ce n'était qu'avec peine qu'il entretenait l'ardeur belliqueuse de mon frère (le duc de Guyenne). Il avait à combattre un redoutable adversaire dans l'esprit de mon frère ; c'était madame de Thouars, la maîtresse de Charles (le duc de Guyenne).
Cette femme ne cherchait qu'à profiter de l'empire qu'elle avait sur le jeune duc pour le détourner de la guerre, n'ignorant pas qu'elle avait pour objet le mariage de son amant. Ses ennemis secrets avaient affecté de louer en sa présence la beauté et les brillantes qualités de la fiancée : c'en fut assez pour lui persuader que sa disgrâce était certaine si cette princesse épousait le duc de Guyenne. Certaine de la passion de mon frère, elle eut recours aux larmes, aux prières et à toutes les extravagances d'une femme perdue en pareil cas. Le faible Charles céda et fit part à Lescun de ses nouvelles résolutions. Celui-ci prévint aussitôt le duc de Bretagne et les intéressés : ils s'alarmèrent et firent des représentations à mon frère, mais elles ne firent que replonger celui-ci dans ses irrésolutions.
Cependant la favorite parvint, non sans peine, à le dissuader de nouveau de la guerre et du mariage ; dès lors, sa mort fut résolue par tous les princes. De crainte que mon frère ne l'attribuât à Lescun, dont il connaissait l'antipathie pour madame de Thouars, ils se décidèrent à gagner Jean Faure Duversois, moine bénédictin, confesseur de mon frère et abbé de Saint-Jean d'Angély.
Cet homme était un des partisans les plus enthousiastes de madame de Thouars, et personne n'ignorait la haine qu'il portait à Lescun, dont il enviait l'influence politique. Il n'était pas probable que mon frère lui attribuât jamais la mort de sa maîtresse, ce prêtre étant l'un des favoris en lesquels il avait le plus de confiance. Ce n'était que la soif des grandeurs qui l'attachait à la favorite, aussi se laissa-t-il corrompre sans peine.
Depuis longtemps j'avais tenté de séduire l'abbé ; il avait toujours repoussé mes offres, de manière, toutefois, à me laisser l'espérance de parvenir à ce but.
Il vit facilement dans quelle position il se mettait en rendant aux princes le service qu'ils attendaient de lui ; il savait qu'il n'en coûtait pas aux grands pour se débarrasser d'un complice. D'un autre côté, il connaissait l'inconstance de mon frère et craignait d'en être victime.
Pour concilier sa sûreté avec ses intérêts, il se détermina à sacrifier son jeune maître. En prenant ce parti, il avait autant de chance de succès que de non-réussite. Pour les princes, la mort du jeune duc de Guyenne devait être le résultat d'une méprise ou d'un incident imprévu. La mort de la favorite, quand même on eût pu l'amputer au duc de Bretagne et à ses cointéressés, eût passé inaperçue, pour ainsi dire, puisque personne n'eût pu découvrir les motifs qui lui donnaient une importance réelle sous le point de vue politique.
En admettant qu'on pût les accuser de celle de mon frère, ils se trouvaient dans les plus grands périls, car il eût été de mon devoir de les châtier rigoureusement ; ils savaient que ce n'était pas le bon vouloir qui me manquait, et dans ce cas les peuples se fussent tournés contre eux ; et le duc de Bourgogne lui-même, étranger à ce qui se tramait en Guyenne, se fût vu forcé de s'allier à moi, sous peine de se voir accuser de complicité. Même dans cette dernière hypothèse tout eût réussi à mon gré ; j'eusse pu faire déclarer Charles le Téméraire criminel de lèse-majesté et le faire condamner à mort par le Parlement, comme meurtrier de mon frère. Ces sortes de condamnations, faites par ce corps élevé, avaient toujours de grands résultats, surtout lorsqu'elles étaient d'une légitimité incontestable.
On voit sans peine quel intérêt les princes eussent eu à ménager l'abbé ; mais, en revanche, rien n'était plus facile que de s'en défaire secrètement.
Avec moi l'abbé de Saint-Jean avait encore plus de chances d'impunité. Le service qu'il me rendait était de la dernière importance pour moi, surtout en ce moment : la ligue formidable qui se formait, et dont le duc de Guyenne était le centre, devait immanquablement me perdre ; la mort de mon frère était le seul moyen de la détruire et, par conséquent, de me sauver. Il ambitionnait la faveur de Tristan l'Hermite, et pensait qu'il parviendrait par là à s'élever au-dessus de lui, ou tout au moins à partager mes bonnes grâces et ma confiance avec lui. D'ailleurs les princes avaient eu l'imprudence de lui laisser en mains des preuves incontestables de leur culpabilité : c'étaient différents écrits ; comme ils étaient naturellement conçus en termes fort vagues, il n'était pas difficile de substituer la personne de mon frère à celle de sa favorite, qui n'était désignée qu'en termes sous-entendus. En me livrant ces pièces, il détournait de dessus moi toute espèce de doute sur mon innocence ; il se délivrait par là du seul péril qu'il courût du côté des princes, et, en prouvant que je n'étais pour rien dans l'empoisonnement, il cessait d'être mon complice et m'ôtait tout intérêt à le faire périr.
Restait à prouver qu'il n'y était pour rien lui-même ; c'était d'une moindre difficulté : d'abord il était certain de ma protection, et ensuite, les princes n'ayant pas de preuves de sa culpabilité, il pouvait rejeter sur eux leurs accusations à titre de calomnies.
Tout bien pesé, il fit passer près de moi un émissaire qui feignit de venir de lui-même et me dit que l'abbé de Saint-Jean était mécontent de mon frère. Je vis sur-le-champ tout le parti que je pourrais tirer de cette disposition, et je tombai dans le piège que le rusé abbé me tendait ; ne soupçonnant pas que cet homme pût être envoyé par lui, je lui dépêchai un de mes espions de confiance. Saint-Jean joua si bien son rôle, que celui-ci fut trompé. Sur son rapport, j'écrivis à l'abbé pour le gagner ; il feignit beaucoup de scrupules, mais j'en triomphai, non sans peine. Il consentit à se charger de l'empoisonnement de mon jeune frère : je n'hésitai même pas à commettre ce crime horrible, tant j'étais perverti.
Henri de la Roche, écuyer de la bouche du duc, se chargea de faire préparer une pêche que l'abbé offrit lui-même à madame de Thouars, tandis qu'elle collationnait à table avec mon frère. La beauté de ce fruit était remarquable ; elle le fit admirer à ce prince et le partagea avec lui. A peine en avaient-ils mangé tous deux, que la favorite ressentit de violentes douleurs d'entrailles : elle ne tarda pas à expirer au milieu des plus atroces souffrances. Mon frère éprouva les mêmes symptômes, mais avec beaucoup moins de violence.
Il paraîtra peut-être étrange que l'abbé se soit servi d'un tel moyen pour empoisonner son jeune mettre ; en effet le moindre incident pouvait déjouer son plan. C'était pourtant le seul que la prudence pût avouer : il fondait la conjecture d'une méprise. Frappée de la beauté de la pêche, il était tout naturel que madame de Thouars la fit admirer à son amant et lui en offrît une moitié : celui-ci ne pouvait manquer de l'accepter et d'en manger un peu, ne fût-ce que par complaisance. En admettant qu'il n'en mangeât qu'une toute petite partie, c'eût été suffisant pour lui donner les premiers symptômes nécessaires ; alors un empoisonnement postérieur pouvait amener la mort comme conséquence du premier.
La terreur saisit les princes dès qu'ils surent les suites funestes de l'empoisonnement de la favorite ; ils n'eurent pas le moindre soupçon de la préméditation de l'abbé. Ils ne songèrent qu'à donner toutes les apparences naturelles à la mort de la jeune femme et à la maladie de son amant ; pas un d'eux ne prit sur lui d'offrir un contre-poison au malheureux prince, craignant de se compromettre ; en effet, cette démarche eût donné à entendre qu'il connaissait le poison et qu'il était, par conséquent, complice du crime.
Grâce à sa jeunesse et à la force de son tempérament, Charles résista quelque temps au poison. Ses souffrances physiques ne firent que le ramener à ses anciens projets avec plus d'ardeur. Craignant que sa maladie ne diminuât le zèle de ses officiers, il voulut leur faire renouveler leur serment de fidélité. Comme il exigeait qu'ils s'engageassent à le servir envers et contre tous, même contre moi, quelques-uns d'entre eux, redoutant sa mort, qui paraissait prochaine, refusèrent de le prêter et passèrent à ma cour... »

 Ermance Dufaux

Ermance Dufaux de la Jonquère