Les frères Eddy

le .

Les frères Eddy

Ce mois-ci, nous vous présentons Les frères Eddy. Dans le domaine des manifestations médiumniques, la médiumnité des frères Eddy n'a probablement jamais été surpassée. Ils pouvaient produire des coups frappés, des déplacements d'objets, des tableaux à la peinture à l'huile et à l'eau sous influence, des prophéties, des dialogues en langue étrange, des guérisons, des lévitations, des messages écrits, des manifestions de clairvoyance et enfin des productions de formes matérialisées. A cette époque, en 1874, on avait beaucoup de mal à accepter ce genre de phénomènes car ils semblaient n'obéir à aucune loi connue. Plus tard, les travaux du docteur Geley, de Crawford, de Madame Bisson ou de Schrenck Notzing ont fait disparaître cette difficulté et ont donné une hypothèse scientifique complète soutenue par de longues et patientes investigations.

Les médiums

Horatio et William Eddy sont des fermiers américains assez rustres qui cultivent un petit domaine dans le hameau de Chittenden. Ils habitent, près de Rutland, dans l'état du Vermont. Ils sont en état de querelle permanente avec un certain nombre de leurs voisins et on ne les aime guère. Les rumeurs concernant les actions étranges qui surviennent chez eux se répandent vite et soulèvent une excitation générale. Des gens accourent pour voir.
Les Eddy semblent avoir largement de quoi loger leurs hôtes ; ils les installent sans grand confort, dans une grande pièce dont les murs perdent leur plâtre et leur fournissent une nourriture dont la simplicité s'accorde au décor. Contre cet hébergement, ils ne demandent pas trop cher et il ne semble pas qu'ils tirent profit de leurs démonstrations psychiques.

Une enquête

A Boston et à New York, une forte curiosité se crée pour ces manifestations et un journal, le Daily Graphic envoie le colonel Olcott pour enquêter. Il est rempli de préjugés défavorables et il s’y rend plutôt avec une intention de dénoncer le scandale. Il y reste dix semaines et en revient avec un sentiment proche d'une animosité personnelle envers ses moroses amuseurs et, en même temps, une confiance absolue en leurs pouvoirs psychiques. Il explique cela en quinze articles remarquables qui paraissent en octobre et en novembre 1874.

Un cadre familial épouvantable

Les ancêtres des frères Eddy présentent tous des traces de pouvoirs psychiques et cela sur plusieurs générations. Une trisaïeule a même été brûlée pour fait de sorcellerie en 1692 à Salem. Malheureusement pour les deux frères, leur père est un homme brutal, sans compréhension et fanatique. A la maison, quand le jeune Eddy tombe en transe, le père, assisté d'un voisin, verse sur lui de l'eau bouillante et pose un charbon ardent sur son front, qui y laissera une cicatrice indélébile. Par bonheur, le gamin tombe dans un profond sommeil. Tandis qu'ils grandissent, leur misérable père essaie de gagner de l'argent avec les pouvoirs qu'il a réfrénés avec tant de brutalité auparavent et il fait engager ses enfants comme médiums.  Les frères Eddy Personne jusqu'ici n'a décrit comme il convient les souffrances qu'endurent couramment les médiums publics livrés aux mains d'enquêteurs stupides et de sceptiques pleins de cruauté. On les promène dans des grilles, on les bat, on leur tire dessus, on leur lance des pierres et on les pourchasse ; leur cabinet est régulièrement mis en pièces. Le sang perle sous leurs ongles tellement on leur comprime les artères. Les mains et les bras attachés, pour éviter les fraudes, portent la marque des liens et les cicatrices des brûlures de la cire à cacheter, quand la chair n’est pas arrachée par les menottes. Tels sont les débuts en Amérique, des médiums à manifestations !

Les séances

Elles se déroulent de la manière suivante : le médium s’assoit dans un cabinet au bout de la pièce et le public occupe les bancs devant lui. La musique et le chant sont utilisés pour améliorer la production fluidique et les séances sont éclairées par une lampe voilée. Une fois que le médium est en transe, les manifestations commencent.
Lors de toutes ces séances, un être spirituel semble être présent et contrôler, ordonner les silhouettes et organiser tout le programme. Parfois, il parle et dirige ouvertement. Parfois, il reste silencieux et ne se manifeste que par ses actes. Ces contrôleurs sont très souvent des indiens peaux-rouges qui paraissent avoir dans leur vie d'esprit une affinité particulière avec les phénomènes physiques.  William Eddy
Olcott, durant les dix semaines de son sujet, a vu plus de quatre cents apparitions sortir du cabinet, de toutes sortes de tailles, de sexes et de races. Elles sont vêtues d’habits merveilleux. Il y a des bébés dans des bras, des guerriers indiens, des messieurs en habit de soirée, un kurde avec une lance de deux mètres, des indiennes qui fument du tabac, des dames dans leurs beaux atours. Il dit : « J’ai vu des bébés portés hors du cabinet par des femmes ; de jeunes femmes aux formes souples, aux cheveux blonds et de petite taille ; des vieux et des vieilles debout, bien visibles et s'adressant à nous ; des enfants préadolescents aperçus par deux ; des hommes en costumes de fabrications différentes avec des crânes chauves, des cheveux gris, des têtes ave des cheveux noirs en broussaille, des cheveux bouclés. Il y a eu des fantômes immédiatement reconnus par des amis puis des fantômes parlant de façon audible dans une langue étrangère que le médium ignore. Les Esprits, eux-mêmes, disent qu'ils doivent apprendre l'art de l'auto-matérialisation comme on apprendrait n'importe quel autre art. Les formes que j'ai vues à Chittenden, quoique défiant apparemment toute autre explication, sont un fait scientifique à considérer comme non prouvé.»

Les deux frères

William Eddy, le médium à matérialisations, ne semble pas en souffrir pour sa santé ; il ne ressort pas épuisé de ces séances comme le sera plus tard Home. Il mange assez peu mais il fume sans arrêt. Son frère, Horatio, lui, donne des séances différentes. Horatio Eddy Il est installé devant une sorte d'écran en tissu, comme un écran de cinéma, où il s'assoit. Il est bien éclairé et un des membres de l'assistance lui tient la main. Derrière le rideau, on place une guitare et d'autres instruments qui commencent à jouer de leur propre chef tandis que des mains matérialisées se montrent juste en haut du rideau. Ces mouvements d'objets ou télékinésie sont situés à une certaine distance du médium, dans la lumière, sont des phénomènes assez rares.

Conclusion

Devant la diversité et l’intensité des phénomènes, on aurait pu penser que l'intérêt soulevé aurait pu amener un examen plus sérieux et peut-être faire avancer d'une génération la cause de la vérité. Malheureusement, au moment même où l'attention du public est fortement attirée par le sujet, survient un scandale à Philadelphie, qui sera vigoureusement exploité par les matérialistes.
Deux médiums de Philadelphie, M. et Mme Nelson Holmes, donnent une série de séances au cours desquelles un soi-disant Esprit affirme se nommer Katie King ; l'affirmation paraît des plus douteuses car la vraie Katie King a nettement affirmé que sa mission était terminée. Pourtant, mis à part l'identité de l'Esprit, il semble y avoir de bonnes preuves comme quoi le phénomène est authentique. Les séances soulèvent un grand intérêt dans le public après la parution d'articles. Soudain, c'est la débâcle ; on affirme maintenant qu'une femme a joué le personnage de Katie King et qu'elle est disposée à faire une confession complète. Elle s’appelle Eliza White et le couple Holmes l’ont engagé pour personnifier un Esprit ; en contrepartie, ils l’aident financièrement.
Si à ce jour, la question de la réalité des pouvoirs psychiques ne fait plus de doute, pendant longtemps, les fraudes auront porté préjudice. Maintenant, il semble que le temps des médiums à matérialisations soit terminé. En se tournant vers d'autres médiums, ceux à effets intellectuels, on peut aussi trouver les preuves que la vie continue dans l’au-delà.