Le congrès de 1900

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Le congrès de 1900

Ce mois-ci, nous vous présentons un aperçu du congrès spirite de 1900. Tiré de la revue spirite de la même année, c'est un résumé de douze journées consacrées à des travaux sur le monde de l'au-delà. Cette rencontre eu lieu au 8 rue d’Athènes à Paris dans le 9ème arrondissement du 15 au 26 septembre dans les salles de la société des agriculteurs.

15 septembre

sujet182 chambreA« La première séance, le matin, est remplie par la nomination du bureau ; nos lecteurs savent que les présidents d'honneur du congrès sont Sir Alfred Russell Wallace, le célèbre naturaliste anglais, Victorien Sardou, académicien et dramaturge si renommé, et Aksakof.
M. Léon Denis est le président effectif du congrès, à ses côtés, M. Durville de la section magnétique et M. Gillard de la section théosophique et le dr Papus, secrétaire général ; autour d'eux, MM. Gabriel Delanne, Fabius de Champville, Duval, Mmes Addi-Ballou pour les États-Unis, Stannard pour la Grande-Bretagne, etc.
La séance d’ouverture commence à deux heures et chaque orateur expose ce qui peut se discuter au cours du congrès. M. Léon Denis prononce des paroles de bienvenue avec son éloquence habituelle. sujet182 wallaceJ
M. de Nepluyeff, philanthrope connu, aime la France et il le dit avec chaleur ; avec les spiritualistes russes, il veut la libre-pensée en son pays. Il veut qu'on étudie l'invisible, après avoir scruté le domaine de la matière. Les délégués Espagnols établissent hardiment qu'ils sont kardécistes, avec toutes les républiques de l’Amérique du sud et que, si les spirites de l'Europe oubliaient un peu le grand initiateur Allan Kardec, ils sont là pour perpétuer sa doctrine et sa mémoire. Le délégué de l'Allemagne, voué au magnétisme, en célèbre l'action bienfaisante. Mme Addi-Ballou, ayant pour traducteur le dr Papus, dit de fort belles choses sur l'évolution qui relie tous les êtres et notre sublime philosophie.
Léon Denis remercie l'orateur au nom de l'assemblée. Un pasteur protestant expose le programme des spiritualistes de la Hollande ; pour lui et pour eux, le Dieu compatissant des spirites est préférable à la divinité calviniste, si farouche. M. Durville expose sa théorie de l'ondulation et de l'émission magnétique. MM. Delanne, Gillard, Papus, font un bref et net exposé des travaux que dirigeront ces trois chefs d'école. Le président, M. Léon Denis clôture la séance à six heures, par un exposé magistral sur les efforts personnels que feront les congressistes, pour arriver à une synthèse unitaire spiritualiste.

16 septembre

sujet182 papusG Le matin, à la section hermétique, le dr Papus expose le caractère et le but de l'hermétisme contemporain, sous la présidence de M. Ballet qui prononce un discours d'ouverture. M. de Népluyeff, qui parle un français très pur, déclare qu'il se souvient de ses existences antérieures et de ses songes prophétiques, si consolants. Le dr Papus parle de la méthode synthétique du marquis de Saint-Yves d'Alveydre, qui tend à la reconstitution de toutes les manifestations de la nature, par la force du nombre. Le siècle qui s'ouvre, affirme le Dr Papus, sera celui du psychisme et du soulagement de la souffrance dont s'occupera la section de psychologie. Plu-sieurs assistants discutent de la méthode de Saint-Yves d'Alveydre.

La section spirite entend un très beau discours de son président, M. Léon Denis, sur une vue d'ensemble sur les études spirites en France et à l'étranger, sur les institutions qui relient en Angleterre, aux Etats-Unis et à Barcelone et tous les centres d'études ce qui en fait une force solidaire. M. Laurent de Faget donne le compte-rendu des travaux du comité de propagande, depuis 1880, et M. Duval, trésorier, en présente l'état financier. M. Carlos Libert, représentant les Etats-Unis, décrit les camps-meetings aux Etats-Unis, qui attirent les principaux médiums et des milliers de spiritualistes, qui, pour s'instruire, y vivent en famille pendant des mois. Mme Addi-fiallou, appuie les dire de M. Carlos Libert. M. Estava Marata, délégué des spirites madrilènes, décrit ce qu'est le mouvement spirite si actif en Espagne. M. le dr Moutin, espère voir la réalisation, à Paris, d'un institut international des sciences psychiques, sur le plan du regretté dr Paul Gibier. Après d'autres discours importants de MM. Bouvier de Lyon, et Gardy de Genève, la séance est levée.

17 septembre

sujet182 durvilleD A 9 heures du matin, à la section hermétique, le dr Papus expose ses idées sur la mort et la survivance, d'après l'occultisme, ce qui provoque des questions et des discussions entre les assistants ; chacun est satisfait des explications.
La section magnétique se réunit à 2 heures. M. Durville y expose l'état de la question, la fondation d'une école pratique de magnétisme et de massage, la création d'un syndicat entre professeurs et élèves, ce que c'est que la polarité du corps humain, les expériences de M. de Rochas.
M. Fabius de Champville, président, MM. le comte Constantin et Bouvier, délégués de diverses écoles et vice-présidents, donnent la parole à M. Scheibler, célèbre magnétiseur allemand, qui expose ses vues sur le magnétisme et l'ondulation, ou transfert de l'énergie d'un sujet à un autre. Le président fait remarquer qu'en France la transmission de pensée est un fait depuis quinze ans. M. Smith, très connu en Angleterre comme auteur d'ouvrages sur le magnétisme et l'hypnotisme, demande s'il y a transfert de la parole dans la transmission de la pensée, ou plutôt transfert de la pensée mère de l'idée. Il entrevoit que, sans être entravé par les dialectes différents, il y aurait possibilité de communications internationales. Sur cette question intéressante, beaucoup de personnes demandent la parole et, après débats, elle est remise aux travaux ultérieurs de la session.
A la section spirite, M. Badet fait une communication attrayante sur les états différents de l'hypnose, sur les phénomènes qui les accompagnent et sur les différences qui existent entre eux et les phénomènes de la médiumnité. Il commente, en occultiste expert, les travaux de M. de Rochas. M. le Baraduc, très compétent, décrit ce que sont ses théories personnelles sur les fluides, leur action, ce qu'il a donné dans ses intéressants volumes sur ce sujet. Le congrès aborde enfin la discussion si attrayante des phénomènes et plusieurs assistants font, sur ce sujet principal, de très importantes communications.

18 septembre

 Alphonse Bouvier au matin, on ouvre la session magnétisme sous la présidence de MM. le comte de Constantin et Fabius de Champville. M. Durville lit son rapport sur l'histoire du magnétisme. Un guérisseur de Lyon, M. Bouvier, cite ses cures nombreuses à l’aide de passes magnétiques. Sa méthode est autre que celle de l'hypnotisme, restreinte aux neuropathiques et aux hystériques. Sous l'acte de volonté et d'amour d'autrui, il rétablit l'équilibre en toute maladie ; sa puissance est psychologique.
La loi de 1892 est commentée par les assistants, et le président engage les magnétiseurs à ne jamais procéder au sommeil hypnotique chez le souffrant. M. le dr Bertrand Lauze, vice-président, parle ex-professo de la puissance curative du magnétisme. Après d'autres communications, M. de Champville note les cas de transmission de pensée effectués par lui, à des distances contrôlées, plus ou moins considérables.
Les travaux du congrès sont entièrement consacrés l'après-midi aux médiums et aux communications reçues par leur intermédiaire. Pendant que le dr Papus expose certains cas que présente la médiumnité et auxquels il faut être habitué pour en bien juger. La section spirite s'occupe de phénomènes typtologiques, avec ou sans contact, puis, sous la présidence de Léon Denis, elle écoute un rapport sur la photographie des effluves, fait par le commandant Tégrad, avec l'aide d'épreuves curieuses soumises à l'attention des congressistes. La question du fluide, quant aux séances, est traitée par le dr Chazarain. Selon lui, il faut une communion de pensées, une exactitude extrême de la part de tous les assistants. Pour la typtologie, ceux qui font la chaîne aimantent la table qui s'anime sous l'action des désincarnés. Le délégué des Etats-Unis fait le récit des phénomènes dont il fut le témoin attentif : soulèvement d'objets volumineux, de meubles ou de personnes d'une pesanteur extrême ; matérialisations et écriture directe.
M. Bettine traduit en français les paroles du délégué espagnol qui traite de la doctrine et de la haute importance qu'à la partie morale. M. Bettine dit de très judicieuses paroles et donne de nouveaux aperçus sur les rapports intimes qui existent entre l'esprit chrétien réel et les enseignements des Esprits.
On traite de la science moderne et de l'alchimie à la section hermétique ; divers assistants ont questionné le dr Papus qui les a satisfaits. Celui-ci fait un récit intéressant sur un nouveau médium à incorporation qui répond avec justesse à toutes les demandes. Un congressiste, qui a suivi les expériences de l'américain Emmens, demande si la transmutation des métaux se peut. Cette philosophie de la science qui contient les théories antiques sont à mettre en relation avec les études que poursuivent les occultistes et les hermétistes. Puis, on envisage les travaux de Streingberg sur sa théorie des atomes et après quelques mots sur cette théorie des anciens alchimistes, vers laquelle le savoir contemporain, le président lève la séance.

19 septembre

sujet182 denisE M. Sédir préside la section hermétique. A 10 heures du matin, il fait un exposé des religions de l'Orient, très savant, bien documenté, passant en revue les livres sacrés tels que les Kings, les Vedas, le Sehher. Il traite du Yoga, de l'art de retenir son souffle, et distingue deux différentes magies : la théurgie ou magie blanche, la sorcellerie ou magie noire. Grand succès pour M. Sédir. Le délégué de l'ordre martiniste, M. Sacy Gabriel lit un mémoire documenté sur le bahbisme, religion nouvelle de la moitié des Islamites, de beaucoup de juifs et de chrétiens. M. Edgard Jegut, maitre de conférences, devait nous parler des rapports de l'hermétisme et de l'histoire des religions mais il ne l'a pu, étant malade.
De même, M. Gabriel Delanne est indisposé depuis les premiers jours du congrès et il n'a pu y assister ; il aurait certainement donné une conférence sur les aperçus lumineux qui lui sont familiers mais il n'a pu revenir qu'à la dernière séance du congrès.
Le matin du 19, M. Léon Denis consacre tout son temps à la lecture de rapports divers. L'après-midi, il expose d’intéressantes discussions sur des phénomènes spirites vérifiés. Il affirme que seules les œuvres et l'orientation du spiritisme vers les enfants peuvent placer haut notre doctrine. Elle permettra de faire des hommes voués à la plus haute des fraternités.
M. le dr Bonnet de Paris, fait un rapport fort écouté, sur l'action, sur notre plan physique, d'une force intelligente et invisible et du passage de la matière à travers la matière. La correspondante du Brésil, Mlle Bose Meryss pour Rio-de-Janeiro, lit un très beau mémoire sur la morale chrétienne et la science spirite. M. Fix, général belge, lit son rapport sur le spiritisme et la science positive. Des phénomènes de manifestations par l'écriture sont cités par plusieurs assistants.
Le dr Bertrand Lauze, à 2 heures, présidait la section hermétique ; M. Hauser parle de la polarité dans ses rapports avec le magnétisme et M. Durville discute en citant l'action de la polarité sur les minéraux, les végétaux, les animaux et sur l'homme. Il pense que si le fluide magnétique traverse une muraille, il n'a pas d'action à travers les liquides. C'est une force physique, naturelle, assimilable aux forces naturelles.
Une commission étudie la faculté du sourcier, M. Ranael, qui, au moyen des oscillations d'un pendule qu'il a en main, indique formellement l'endroit où se trouve l'eau. M. Padeana-Broussay, de Bucarest, où il est professeur, affirme la faculté de M. Ramel, et ce dernier est vivement félicité. Cette faculté est-elle due à l'action d'un invisible, demande-t-on ? Question complexe qu'il faut étudier sous tous ses côtés : psychique, physique et médiumnique.

21 septembre

Les congressistes se sont rendus le matin au Trocadéro ; le dr Papus les conduit à la grande Pagode et reconstitue un temple bouddhique avec minutie, avec statues et images des Dieux. Ils représentent un monde de connaissances et par leurs attributs et leurs poses, un ensemble de rapports entre le monde des sens et le plan des idées. Les clochettes qui tintinnabulent sous l'action du vent, représentent la conscience de l'homme que le souffle de la passion agite. L'image du feu purificateur et dévorant est évoquée par les flammes qui entourent ces clochettes. Un Bouddha superbe entouré d'êtres à têtes humaines et à têtes d'animaux, personnifie les élémentales et les génies. Autour de la pagode, de nombreux serpents représentent le symbolisme des Indes. Des statues ornent l'intérieur de la pagode ; l'une d'elles a vingt-deux bras, symbolise la nature. Un groupe de masques fantastiques sculptés dans le granit, sont la personnification du sommeil extatique. Des tables de sacrifices viennent ensuite avec des couteaux au milieu de fétiches.
La médecine hermétique prend la parole l'après-midi. Des dames interrogent avec soin, voulant en savoir un peu plus pour mieux guérir. Le président, par une improvisation instructive, parle de l'Égypte ancienne et de ses pratiques médicales.
A la section spirite, on parle des fraudes dans les phénomènes et de la meilleure manière de les observer. Sur cette question, une étude est lue par Mme Addi-Ballou qui fait cette observation. Avec la fin du 19ème siècle, les premiers jours du 20ème siècle ont une signification profonde pour la pensée universelle.
Un assistant parle d'un sujet dont l'opinion publique vient de s'occuper, des phases diverses que des phénomènes de voyance et de psychométrie. Un autre congressiste reproche aux spirites d'attribuer aux entités de l'au-delà une foule de phénomènes dus simplement au dédoublement, à l'animisme et à la conscience subliminale. La discussion se généralise et, enfin, le président déclare qu'en vérité il y a des abus mais que ceux qui s'en savent écarter, savent aussi qu'une certaine catégorie de phénomènes ne se peuvent expliquer par les théories du congressiste non spirite. L'abbé Nicole veut parler, mais le président rappelle que l'ordre du jour est l'étude de la médiumnité.
M. Jacques Brieu lit un mémoire sur la matière de nos connaissances et sur la méthode à employer dans les recherches psychiques ; cet orateur, philosophe et non spirite, désire la fondation d'un institut pour l'étude des phénomènes spirites.

23 septembre

Visite du cabinet du dr Baraduc, qui traite par l'électro-thérapeutique. A 10 heures, les congressistes visitent une petite pièce, aux tons clairs, dont le plafond est constellé de lampes électriques, pour donner au malade un bain de lumière. D'autres courants, installés dans des caches, pénètrent l'organisme et réveillent les fonctions vitales éteintes. Les congressistes, à. l'aide d'instruments, étudient sur eux l'action des courants et les questions multiples qui se rattachent à la polarité des corps. La séance est instructive au possible.
L'après-midi M. Durville traite de l'influence des liquides organiques dans l'action magnétique, puis vient l'action des médicaments à distance, action qu'il a constatée après les travaux du dr Bourru et Burot, le dr Luys à la Charité. Ensuite, l’assemblée débat de questions de polarité et des diverses méthodes de massage.
La section spirite du matin, présidée par M. Laurent de Faget, se consacre à la lecture de plusieurs mémoires ; on y fait la théorie des apports de fleurs et d'autres objets à travers des chambres bien closes. Un assistant parle de psychographie, d'écriture directe, il cite des cas où la fraude ne peut pas se faire. Un délégué du Portugal traite de la faculté médiumnique générale à tous les hommes. M. Léon Denis parle de faits qui prouvent absolument l'action d'une force intelligente invisible. Il cite certaines révélations dans le domaine de l'astronomie, des faits scientifiques admis plus tard par les académiciens et les astronomes. Le président rappelle qu'Allan Kardec, il y a 40 ans, a précisé que ces phénomènes sont devenus usuels aujourd'hui.
A la section hermétique, le dr Papus traite de l’illumination. Le Dr Rozier envisage les déclarations faites par les voyants et déclare qu'on ne peut rejeter les théories édifiées par Swedenborg. Selon leur éducation et leurs croyances, les mystiques croient avoir affaire aux élémentaus, aux anges et aux esprits de la nature. M. Sédir traite des fraternités occultes et des divers modes d'illumination.

24 septembre

Les sections se réunissent pour observer les phénomènes d'insensibilité produits par les Aïssaouahs. On y constate que, si des jongleurs habiles cherchent à les imiter, ceux-ci jouent franc jeu et ce qu'ils produisent, ressemblent aux pratiques hypnotiques et magnétiques.
A la section spirite, on fait la lecture de mémoires pleins d'aperçus originaux et d'un très vif intérét. M. Beaudelot traite de l'influence du spiritualisme dans la société, dans la religion, le discours est très applaudi. Le délégué roumain parle de faits curieux obtenus en la présence de la police, procès-verbal contresigné par des magistrats. D'autres congressistes présentent des rapports s’y rattachant. M. le dr Bayol, un indépendant, ancien gouverneur du Dahomey, et ne craignant pas le ridicule, apporte au congrès une pierre précieuse. Il a obtenu tous les phénomènes relatés par le spiritisme et notamment l'écriture directe en plusieurs langues et ce fait avec des médiums illettrés ainsi que des moulages de figures dans la paraffine puis des vers en langue provençale. Il en a écarté toutes fraudes.

25 septembre

M. S. N. Gaume de la section spirite, lit un mémoire sur l'esprit et la matière ; de l'état de l'esprit après la mort ; des théories par lesquelles l'intelligence humaine veut concilier l'idée de matière avec les conceptions métaphysiques. Ce spirite réincarnationiste expose sa théorie, il attire les questions de beaucoup de congressistes.
M. Bonnardot préside la section des spiritualistes indépendants. Une conférencière, Mme de Bezobrazow développe l'idée spiritualiste chez la femme et remonte les siècles. Elle étudie ensuite l'orientation de l'esprit de la femme contemporaine et se fait écouter avec intérêt.
M. le chevalier de Saint-Marc intervient, il combat le célibat des prêtres et aborde la notion de bien et de mal. On lit, après, un rapport sur la réincarnation et il est traité de l'extériorisation du corps astral.
La matinée s’avère mouvementée suite à l’intervention du dr Moutin. Il demande si la recherche des preuves scientifiques de la réincarnation et autres théories qui servent de base au spiritisme, est rationnelle, ou bien, s'il faut admettre la suggestion et la transmission de pensées pour expliquer les cas des enfants prodiges.
Léon Denis combat cette idée et prouve son dire par des faits.
Le dr Bayol, ancien gouverneur du Dahomey, a ouvert des aperçus qui offrent le plus haut intérêt, quant à la réincarnation. Les délégués du Portugal et de la Roumanie font des commu-nications qui attirent l'attention générale.

26 septembre

sujet182 moutinH La matinée débute par le travail de la section hermétique présidée par M. F. de Champville. M. Durville y traite de la marche à suivre dans les maladies nerveuses et organiques ; il parle des théories de Puységur, Deleuze, du Potet, de l'évolution de la maladie, et du diagnostic à établir. M. Jounet, catholique progressiste, veut qu'on étudie la nature du phénomène apparu dans les guérisons obtenues à Notre-Dame de Lourdes. Les congressistes en discutent et M. Bouvier, estime qu’à Lourdes, il y a 10 guérisons pour un millier de malades. Le président pense que la plupart de ces cures sont dues à la suggestion. On parle de massage orthopédique, de somnambulisme lucide, de dédoublement, d'envoutement, d'extériorisation et de transmission de pensées. M. Bouvier discute sur la photographie de la pensée et le président commente cette communication. A 2 heures, la section hermétique achève ses travaux ; M. Bouvier parlera de l'action des fleurs sur les sujets en sommeil magnétique et des expériences sur l'agent magnétique ainsi que des lois physiques du magnétisme humain, d'après la théorie de l'ondulation.
Dans la section spirite, on présente plusieurs discours sur l'existence de Dieu. Le président résume avec clarté les théories présentées par les congressistes ; il analyse les travaux accomplis par la section, tous de haute portée et capables de relever l'esprit humain. L'éloquence persuasive du leader spirite est grande, ses paroles sont applaudies. Après lui, la déléguée du Brésil, Mme Rose Méryss, est remarquablement inspirée.
L'ordre du jour suivant a voté :
1° Reconnaissance de l'existence de Dieu, intelligence suprême, cause première de toutes choses ;
2° Immortalité de l'âme, succession de ses existences corporelles sur la terre d'abord et ensuite sur les autres globes de l'espace ;
3° Démonstration expérimentale de la survivance de l’âme humaine par la communication médiumnique avec les Esprits ;
4° Conditions heureuses ou malheureuses de la vie humaine en raison des acquis antérieurs de l'âme, de ses mérites ou de ses démérites et des progrès qu'elle a encore à accomplir ;
5° Solidarité et fraternité universelle. Ces propositions sont adoptées à l'unanimité par les congressistes ; seules, deux voix n'ont pas accepté le paragraphe 2.

27 septembre

sujet182 rufinaI La séance se consacre à la section théosophique présidée par M. Gillard. On écoute la lecture de plusieurs mémoires et, surtout, celui du dr Pascal qui est secrétaire général de la section théosophique française. A l'ouverture de la séance, le président rappelle la nature et le but de l'enseignement théosophique ; il rend hommage aux âmes supérieures qui nous montrent la vie lumineuse que l'humanité doit suivre : il le fait simplement, avec sa raison et son coeur, en un langage parfait. Il entretient ensuite l'assemblée des études faites dimanche dernier sur les Aaïssaouahs et pense que les Esprits supérieurs peuvent être momentanément enchaînés par la volonté humaine que secondent les forces occultes que les vibrations du son mettent en jeu. Dans les Indes, pour dominer les élémentales, les prêtres ont des formules magiques, nommées mantras. Ensuite, il traite de la domination du feu et s'exprime avec une éloquence vibrante, sur les difficultés que l'homme éprouve pour la conquête de la vérité et sur la possibilité de résoudre ces difficultés.
Spirites et théosophes doivent, avec attention, lire l'étude du dr Pascal sur les problèmes de l'hérédité d'après la théosophie. Les théosophes ont là deux intelligences de la plus haute valeur spirituelle et morale. Mme Houly lit le mémoire de M. Syffert, réponse à celui qui veut bafouer l'occultisme. M. Gillard termine la séance par une chaude allocution à ses auditeurs.
A la section hermétique, M. de Népluyeff s'exprime sur les questions de sociologie. Les congressistes prêtent une oreille très attentive à l'exposé lumineux sur la franc-maçonnerie, que leur fait le dr Papus. Dans les séances de cette section, on a agité des questions sociales, proposé l'autonomie de l'université, de la magistrature, l'égalité de l'homme et de la femme quant au travail, etc. Mme Effir Bathe lit une intéressante et très belle étude sur la vie par-delà la tombe.
M. F. de Champville, section magnétique, prie M. Bouvier de parler de l'action des fleurs dans l'état du sommeil magnétique, sujet fort intéressant. Les conclusions suivantes sont ensuite adoptées :
1° Le magnétisme est un agent physique soumis à des lois analogues à celles qui régissent la chaleur, le son, la lumière, l'électricité, etc. ;
2° Le magnétisme humain possède réellement des propriétés curatives affirmées depuis plusieurs siècles par les magnétiseurs, son application au traitement des maladies ne présente aucun danger ;
3° Le magnétisme ne doit pas être confondu avec l'hypnotisme dont il diffère essentiellement ;
4° Le magnétisme professionnel doit être exercé par des praticiens instruits, bien portants au physique et d'une moralité irréprochable. Mais il peut être aussi pratiqué, avantageusement, par certains magnétiseurs peu instruits, bien doués au point de vue magnétique et animés du désir de faire le bien ;
5° Le magnétisme peut surtout rendre de grands services au sein de la famille, car, dans un grand nombre de cas, l'homme peut être le médecin de sa femme, celle-ci le médecin de son mari et de ses enfants ;
6° Le sommeil provoqué n'est pas nécessaire dans le traitement des maladies par le magnétisme ; la suggestion ne peut rendre quelque service au magnétiseur, qu'à la condition d'être pratiquée sous la forme d'une douce persuasion et surtout d'après les connaissances approximatives des modifications qui doivent survenir dans le cours du traitement.
La séance est levée après quelques belles paroles du président qui réclame l'union de toutes les écoles en vue de recherches de vérités humanitaires.
A la section spirite, on échange de belles et bonnes pensées et, après discussions, on adopte les propositions déposées par l'union Kardéciste de Barcelone.
Vu la fin des travaux du congrès, une séance générale de toutes les sections réunies, se tient sous la présidence de Léon Denis et de ses deux vice-présidents, MM. Gillard et Durville. A côté du président, il y a MM. Papus, F. de Charnpville, Delanne, Duval, et beaucoup de dames parmi lesquelles nous remarquons Mme Rufina Noeggerath, auteur de la Survie ; quelques-unes prennent la parole. Les membres du bureau prononcent de très beaux discours très applaudis par tous. M. Papus, secrétaire général, développe le cours des questions étudiées par la section magnétique et rappelle la longue opposition que la science a faite à cette école. Il se plaît à rappeler l'activité de MM. Durville et de Champville, celle des docteurs Baraduc, Bayol et Bonnet. « Le spiritisme, dit-il, est la base réelle de l'étude de l'invisible ; la science se ralliera à la doctrine de la survivance, et les adeptes d'Allan Kardec doivent s'engager dans la voie scientifique expérimentale. La théosophie, par suite de l'absence forcée de ses membres, n'a pu prendre dans ce congrès la place due ses belles théories. » Puis, il énumère les travaux de la société hermétique. Le dr Papus termine en rendant hommage à ceux qui ont secondé et suivi le congrès. Son compte-rendu est très clair, fraternel et il fait honneur à son esprit studieux de jeune savant. Aussi est-il applaudi à plusieurs reprises et à la fin de son rapport, il a droit à une longue ovation.
Mme Stannard, du Light, parle des études spiritualistes en Angleterre et de leur portée morale ; elle a pris un très vif intérêt aux travaux des congressistes et sera leur écho en son pays. Mme Bezobrazow parle du féminisme spiritualiste. Le président, Léon Denis, trace une vue d'ensemble des études de toutes les sections ; il le fait en une langue superbe, châtiée, si souvent applaudie pendant ces treize jours de labeurs. Il énumère les affirmations des spirites, remercie chacun et termine en disant : « La devise de toutes les sections doit être pour Dieu et pour l'humanité ». Après les applaudissements, le président déclare la clôture du congrès.
Un banquet, sous la présidence de Léon Denis, est offert aux délégués étrangers ; cette agape de 150 congressistes est fraternelle au possible. Au dessert, le président improvise en de belles paroles une série de souhaits et d'espérances que le résultat des travaux impose à l'esprit de ceux qui aiment la cause. Tour à tour, MM. Delanne, Papus, Moutin, Durville, de Faget, de Champville, le représentant de la Colombie, Bouvier, Beaudelot, Donato, l'abbé Nicole, Carlos Liberi, Mmes Ballou, de Jarre, Bayol, M.M. Angel Aguarod Torrero, Esteva Marata, Auzanneau, etc., expriment les plus généreux sentiments et les plus nobles aspirations.
Cette fête de l'harmonie et des grandes espérances représente l'unité des forces jadis dispersées, qui, juxtaposées, forceront certainement les portes académiques et feront taire la calomnie et le préjugé. Alors, Allan Kardec sera glorifié par l'union des écoles avec la science, ce qu'il a prédit avec précision, en rationaliste conséquent. Saluons ce grand mort, si vivant.

Pierre Gaëtan Leymarie

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