Etude n°5 - La phénoménologie spirite

 «  Eviter le phénomène spirite, lui faire banqueroute de l’attention à laquelle il a droit, c’est faire banqueroute à la Vérité ».

VICTOR HUGO.

 

Comment les Esprits peuvent-ils intervenir dans notre monde ?

 

L'idée que l'on se forme des Esprits rend au premier abord le phénomène des manifestations incompréhensibles. Ces manifestations ne peuvent avoir lieu que par l'action de l'Esprit sur la matière ; c'est pourquoi ceux qui croient que l'Esprit est l'absence de toute matière se demandent, avec quelque apparence de raison, comment il peut agir matériellement. Or, là est l'erreur ; car l'Esprit n'est pas une abstraction, c'est un être défini, limité et circonscrit. L'esprit incarné dans le corps constitue l'âme ; lorsqu'il le quitte à la mort, il n'en sort pas dépouillé de toute enveloppe. Tous nous disent qu'ils conservent la forme humaine, et, en effet, lorsqu'ils nous apparaissent, c'est sous celle que nous leur connaissions.
Il y a en l'homme trois choses ; 1° l'âme ou Esprit, principe intelligent en qui réside le sens moral ; 2° le corps, enveloppe grossière, matérielle, dont il est temporairement revêtu pour l'accomplissement de certaines vues providentielles ; 3° le périsprit, enveloppe fluidique, semi-matérielle, servant de lien entre l'âme et le corps.
Le périsprit n'est point une de ces hypothèses auxquelles on a quelquefois recours dans la science pour l'explication d'un fait ; son existence n'est pas seulement révélée par les Esprits, c'est un résultat d'observations.
La nature intime de l'Esprit proprement dit, c'est-à-dire de l'être pensant, nous est entièrement inconnue ; il ne se révèle à nous que par ses actes, et ses actes ne peuvent frapper nos sens matériels que par un intermédiaire matériel. L'Esprit a donc besoin de matière pour agir sur la matière. Il a pour instrument direct son périsprit, comme l'homme a son corps ; or son périsprit est matière, ainsi que nous venons de le voir.
Toutefois, le périsprit est composé d’une matière différente de celle que nous connaissons, qui échappe à nos sens et à nos instruments. Pour pouvoir intervenir dans le monde matériel, les Esprits ont besoin de puiser, dans l’environnement où ils veulent se manifester, un type de fluide appelé fluide vital, dont ils sont eux-mêmes dépourvus.
Ce fluide vital imprègne tous les êtres vivants, il est le lien entre la matière et l’esprit ; certaines personnes appelées médiums sont capables d’extérioriser leur fluide vital et de le rendre disponible. En combinant celui-ci avec leur périsprit, les Esprits peuvent « animaliser » des objets et les faire se déplacer selon leur volonté. Cette combinaison est toutefois difficile car les vibrations du fluide utilisé par l’Esprit doivent être en résonance avec les propres vibrations de son périsprit.
En résumé, il suffit qu’un Esprit recueille une quantité d’énergie physique libérée consciemment ou involontairement par un homme ou une femme ; qu’il s’accorde sur les vibrations de cette force organique, pour être à même, dans une certaine mesure, d’agir à nouveau sur le plan matériel et manifester sa présence et sa personnalité : c’est ce qu’on appelle des manifestations à effets physiques.
L’Esprit peut agir directement, avec son périsprit, sur le périsprit d’un Esprit incarné ; cela implique que les vibrations des deux périsprits soient de vibrations équivalentes. Cette action se traduit par des inspirations, des suggestions, des réflexes, etc.… c’est ce qu’on appelle des manifestations à effets intelligents.
Envisagée de cette manière, l'action de l'Esprit sur la matière se conçoit facilement ; on comprend dès lors que tous les effets qui en résultent rentrent dans l'ordre des faits naturels, et n'ont rien de merveilleux. Ils n'ont paru surnaturels que parce qu'on n'en connaissait pas la cause ; la cause connue, le merveilleux disparaît, et cette cause est tout entière dans les propriétés semi-matérielles du périsprit. C'est un nouvel ordre de faits qu'une nouvelle loi vient expliquer.

 

A Noter :

  • Les Esprits ne sont pas des êtres immatériels. Ils sont composés d’une âme et d’un corps semi-matériel, appelé périsprit. La matière qui compose ce corps est si subtile pour nous qu’il nous semble difficile de l’appréhender comme de la matière. C’est au moyen de ce corps que les Esprits peuvent se manifester dans le monde matériel
  •  Pour en savoir plus :

  • Livre des médiums d’Allan Kardec (2ème partie, ch. I, Actions des Esprits sur la matière)
  • Œuvres posthumes d’Allan Kardec (le périsprit, principe des manifestations)
  • Le Spiritisme, qu’en savons-nous ? de l’USFF (ch. IX, Comment les êtres…)
  • Le Spiritisme n° 2 du Centre Spirite Lyonnais (le magnétisme, questions 3 à 5, p. 7)
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    Les manifestations à effets physiques

     

    On donne le nom de manifestations physiques à celles qui se traduisent par des effets sensibles, tels que les bruits, le mouvement et le déplacement des corps solides.
    Les manifestations physiques ont pour but d'appeler notre attention sur quelque chose, et de nous convaincre de la présence d'une puissance supérieure à l'homme. Les Esprits élevés ne s'occupent pas de ces sortes de manifestations ; ils se servent des Esprits inférieurs pour les produire, comme nous nous servons de serviteurs pour la grosse besogne, et cela dans le but que nous venons d'indiquer. Ce but une fois atteint, la manifestation matérielle cesse, parce qu'elle n'est plus nécessaire.

    Tables tournantes

    L'effet le plus simple, et l'un des premiers qui aient été observés, consiste dans le mouvement circulaire imprimé à une table. Cet effet se produit également sur tous les autres objets ; mais la table étant celui sur lequel on s'est le plus exercé, parce que c'était le plus commode, le nom de tables tournantes a prévalu pour la désignation de cette sorte de phénomène.
    Lorsque l'effet commence à se manifester, on entend assez généralement un petit craquement dans la table ; on sent comme un frémissement qui est le prélude du mouvement ; elle semble faire des efforts pour se démarrer, puis le mouvement de rotation se prononce ; il s'accélère au point d'acquérir une rapidité telle que les assistants ont toutes les peines du monde à le suivre. Une fois le mouvement établi, on peut même s'écarter de la table qui continue à se mouvoir en divers sens sans contact.
    Dans d'autres circonstances, la table se soulève et se dresse, tantôt sur un seul pied, tantôt sur un autre, puis reprend doucement sa position naturelle. D'autres fois, elle se balance en imitant le mouvement de tangage ou de roulis. D'autres fois, enfin, mais pour cela il faut une puissance médianimique considérable, elle se détache entièrement du sol, et se maintient en équilibre dans l'espace, sans point d'appui, se soulevant même parfois jusqu'au plafond, de façon à ce qu'on puisse passer par-dessous ; puis elle redescend lentement en se balançant comme le ferait une feuille de papier, ou bien tombe violemment et se brise, ce qui prouve d'une manière patente qu'on n'est pas le jouet d'une illusion d'optique.

    Coups frappés

    De toutes les manifestations spirites, les plus simples et les plus fréquentes sont les bruits et les coups frappés ; c'est ici surtout qu'il faut craindre l'illusion, car une foule de causes naturelles peuvent en produire : le vent qui siffle ou qui agite un objet, un corps que l'on remue soi-même sans s'en apercevoir, un effet acoustique, un animal caché, un insecte, etc., voire même les espiègleries des mauvais plaisants. Les bruits spirites ont d'ailleurs un caractère particulier, tout en affectant une intensité et un timbre très variés, qui les rendent aisément reconnaissables et ne permettent pas de les confondre avec le craquement du bois, le pétillement du feu ou le tic-tac monotone d'une pendule ; ce sont des coups secs, tantôt sourds, faibles et légers, tantôt clairs, distincts, quelquefois bruyants, qui changent de place et se répètent sans avoir une régularité mécanique. De tous les moyens de contrôle le plus efficace, celui qui ne peut laisser de doute sur leur origine, c'est l'obéissance à la volonté. Si les coups se font entendre dans l'endroit désigné, s'ils répondent à la pensée par leur nombre ou leur intensité, on ne peut méconnaître en eux une cause intelligente ; mais le défaut d'obéissance n'est pas toujours une preuve contraire.
    On doit se tenir en garde non seulement contre des récits qui peuvent être tout au moins entachés d'exagération, mais contre ses propres impressions, et ne pas attribuer une origine occulte à tout ce que l'on ne comprend pas. Une infinité de causes très simples et très naturelles peuvent produire des effets étranges au premier abord, et ce serait une véritable superstition de voir partout des Esprits occupés à renverser les meubles, briser la vaisselle, susciter enfin les mille et une tracasseries de ménage qu'il est plus rationnel de mettre sur le compte de la maladresse.

    Apports

    Ce phénomène consiste dans l'apport spontané d'objets qui n'existent pas dans l'endroit où l'on est ; ce sont le plus souvent des fleurs, quelquefois des fruits, des bonbons, des bijoux, etc..
    Disons d'abord que ce phénomène est un de ceux qui se prêtent le plus à l'imitation, et que par conséquent il faut se tenir en garde contre la supercherie. On sait jusqu'où peut aller l'art de la prestidigitation en fait d'expériences de ce genre ; mais, sans avoir affaire à un homme du métier, on pourrait être facilement dupe d'une manœuvre habile et intéressée. La meilleure de toutes les garanties est dans le caractère, l'honorabilité notoire, le désintéressement absolu de la personne qui obtient de semblables effets ; en second lieu dans l'examen attentif de toutes les circonstances dans lesquelles les faits se produisent ; enfin dans la connaissance éclairée du spiritisme, qui seule peut faire découvrir ce qui serait suspect.
    L'esprit qui veut faire un apport dématérialise la matière de l'objet sur lequel il opère, puis il apporte le double fluidique de cet objet avec lui dans le lieu qu'il a choisi, et là il puise dans le fluide universel les éléments nécessaires à la reconstruction de l'objet matériel, au moyen du fluide vital. C'est pour les plantes la même opération. Le double fluidique reproduisant molécule par molécule toutes les parties de la plante, puisqu'il en est le canevas fluidique, n'a qu'à s'incorporer les molécules du fluide universel rendues matérielles par l'esprit, et la plante apparaît avec tous ses détails, sa fraîcheur, son coloris, etc., aux yeux des assistants. Enfin c'est toujours la même opération qui s'exécute quand un esprit veut se rendre visible et tangible, comme dans les expériences de Crookes. Nous ne savons jusqu'à quel point notre hypothèse se rapproche de la réalité, mais les phénomènes se produisant, il faut les expliquer, et c'est jusqu'alors la théorie qui nous semble le mieux en accord avec l'enseignement spirite et les découvertes modernes.

    Matérialisations

    On appelle matérialisation le phénomène par lequel un esprit se montre avec un corps physique ayant toutes les apparences de la vie normale. On compte parmi les médiums à matérialisation les plus connus : Eusapia Palladino, Kate Fox, Florence Cook, Eglinton, Home, Mme d’Espérance, Eva Carrere, Franek Kluski.
    Les séances de matérialisation les plus retentissantes eurent lieu avec le savant William Crookes qui étudia les matérialisations de l’Esprit Katie King durant une période de trois ans avec la médium Florence Cook (alors âgée de 16 ans), et d’autres scientifiques comme le Dr Gully, directeur des hôpitaux de Londres, ou l’ingénieur Varley, ingénieur en chef des lignes télégraphiques d’Angleterre.

    Une des principales objections que les sceptiques avancent au sujet des matérialisations d’Esprit est que celles-ci n’ont jamais lieu en plein jour, favorisant ainsi la supercherie. La lumière a, en effet, un pouvoir dissolvant sur la matière utilisée par les Esprits pour se matérialiser ; Florence Marryat, qui a assisté aux séances de matérialisation de l’Esprit Katie King, raconte : « On alluma les trois becs de gaz… L’effet produit sur Katie King fut extraordinaire. Elle ne résista qu’un instant, puis nous la vîmes fondre sous nos yeux, tout comme une poupée de cire devant un grand feu. D’abord ses traits s’effacèrent, on ne les distinguait plus. Les yeux s’enfoncèrent dans les orbites, le nez disparut, le front sembla rentrer dans la tête. Puis les membres cédèrent et tout son corps s’affaissa comme un édifice qui s’écroule. Il ne resta plus que sa tête sur le tapis, puis un peu de draperie blanche qui disparut comme si on eût subitement tiré dessus : nous restâmes quelques instants les yeux fixés sur l’endroit où Katie avait cessé de paraître. Ainsi se termina cette séance mémorable. »
    Le spiritisme enseigne depuis longtemps que le moi conscient ou âme est entouré d'une enveloppe subtile appelée périsprit. Ce périsprit, est le moule fluidique dans lequel s'incorpore la matière pendant la vie, c'est lui qui, sous l'impulsion de la force vitale, maintient le type spécifique et individuel, car il est invariable au milieu du flux incessant de la matière organique. Ce périsprit ne se détruit pas à la mort, il se conserve intact au milieu de la désorganisation de la matière, et c'est en lui que se trouvent gravés les acquis de l'âme, qui peut ainsi se rappeler le passé. L'esprit est capable, dans certaines conditions, d'accumuler dans son périsprit assez de force vitale pour donner une vie momentanée à l'organisme fluidique ; celui-ci, avec la matière empruntée au médium, prend la tangibilité d'un corps ordinaire ; c'est une création véritable, mais qui n'a qu'une durée éphémère, car elle est accomplie en dehors des procédés habituels de la nature.
    Plusieurs faits sont à l’appui de cette théorie, dont :

    - La perte de poids du médium - Une preuve en faveur de cette théorie est que l’on a constaté un diminution du poids du médium lors des séances de matérialisation. Ainsi, Florence Marryat a écrit : « J’ai vu miss Florence Cook placée sur la machine d’une balance à peser, construite à dessein par M. Crookes, et j’ai constaté que le médium pesait 112 livres, mais aussitôt que l’Esprit matérialisé était formé, le corps du médium ne pesait plus que la moitié, 56 livres ».

    - La différence physique entre le médium et l’Esprit - Katie King et Florence sont de tailles et de chevelure différentes. William Crookes écrit : « Un soir, je comptais les pulsations de Katie ; son pouls battait régulièrement 75, tandis que celui de Mlle Cook, peut d’instants après, atteignait 90, son chiffre habituel. En appuyant mon oreille sur la poitrine de Katie, je pouvais entendre son cœur battre à l’intérieur, et ses pulsations étaient encore plus régulières que celles du cœur de Mlle Cook, lorsque après la séance elle me permettait la même expérience. Eprouvés de la manière, les poumons de Katie se montrèrent plus sains que ceux de son médium, car au moment où je fis mon expérience, Mlle Cook suivait un traitement médical pour gros rhume. » On a parfois avancé l’hypothèse que l’être matérialisé n’était autre que le double du médium. Cette théorie n’a pas de base empirique car comme on peut le voir d’après les faits ci-dessus, l’Esprit et son médium sont bien deux personnalités distinctes. De plus, Florence Cook, éveillée, cause pendant quelques minutes avec Katie King et William Crookes, qui les voit toutes les deux.

    - La photographie spirite - La photographie spirite apporte la preuve de la réalité objective de l’apparition : Les appareils photographiques ne sont pas sujet aux hallucinations ! William Crookes prit quarante clichés de l’Esprit Katie King montrant nettement les différences physiques entre celle-ci et son médium.

    - Les moulages - Ceux-ci constituent la plus flagrante preuve en faveur de la théorie spirite. Voici la manière d'opérer communément employé, dans ces circonstances : Deux vases renfermant, l'un de l'eau froide, l'autre de l'eau chaude, sont apportés dans la salle où l'expérience a lieu ; à la surface de l'eau chaude flotte une couche de paraffine fondue. Si l'on veut obtenir, par exemple, le moule d'une main matérialisée, on prie l'Esprit de plonger sa main dans la paraffine fluide et immédiatement après dans l'eau froide, et de répéter plusieurs fois cette opération. De cette manière il se forme, à la surface de la main, un gant de paraffine d'une certaine épaisseur, et, quand la main de l'Esprit se dématérialise, elle laisse un moule parfait qu'on remplit avec du plâtre. Il suffit ensuite de plonger le tout dans de l'eau bouillante, et, la paraffine fondant, il restera une empreinte exacte et fidèle du membre matérialisé. Une telle empreinte est impossible à réaliser, car il est impossible de ne pas détruire le moule en retirant sa main.

     

    Pour en savoir plus :

  • Livre des médiums d’Allan Kardec (2ème partie, ch. II, Manifestations physiques - tables tournantes)
  • Livre des médiums d’Allan Kardec (2ème partie, ch. IV, Théorie des manifestations physiques)
  • Livre des médiums d’Allan Kardec (2ème partie, ch. V, Manifestations physiques spontanées)
  • Le Phénomène spirite de Gabriel Delanne (2ème partie, ch. III, médiumnités diverses et ch. IV, Spiritisme transcendantal)
  • L’âme est immortelle de Gabriel Delanne (2ème partie, ch. III, Photographies et moulages de formes d’Esprits désincarnés)
  • L’âme est immortelle de Gabriel Delanne (2ème partie, ch. III, Discussion sur les phénomènes de matérialisation)
  • Dans l’Invisible de Léon Denis (ch. XVI, ch. XVII, ch. XVIII, ch. XIX, ch. XX)
  • Recherches sur les phénomènes du Spiritualisme de William Crookes p.141 (Notes sur des recherches faites dans le domaine des phénomènes appelés spirites)
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    Les manifestations à effets intelligents

     

    L'esprit étranger n'agit pas ici sur la main du médium, par l'entremise du cerveau, pour le faire écrire. L'esprit étranger, par sa volonté, imprime au cordon fluidique des mouvements ondulatoires qui se répercutent dans le périsprit du médium ; là ces vibrations arrivant au cerveau périsprital, font vibrer les parties analogues à celles par lesquelles elles ont été émises chez l'esprit, de sorte que ces vibrations semblables éveillent des idées de même nature. C'est ce qui se passe d'ailleurs dans le cas de la parole. Lorsque l'on prononce le mot homme, les vibrations sonores arrivant au cerveau le font vibrer d'une certaine manière qui évoque dans l'esprit de celui qui écoute l'idée représentée par le mot homme. Les vibrations périspritales agissent de même, mais sans passer, dans le cas qui nous occupe, par les organes matériels de l'audition. Dans cette circonstance le rôle de l'âme incarnée n'est pas passif ; c'est elle qui reçoit la pensée de l'esprit et qui la transmet. Le médium, dans ce genre de communication, a donc conscience de ce qu'il écrit, quoique ce ne soit nullement sa pensée.
    S'il en est ainsi, dira-t-on, rien ne prouve que ce soit plutôt un esprit étranger qui écrit que celui du médium. La distinction est quelquefois très difficile à faire, mais on peut reconnaître la pensée suggérée en ce qu'elle n'est jamais préconçue ; elle se forme, pour ainsi dire, à mesure que l'on écrit, et souvent elle est contraire à l'idée préalable qu'on s'était faite ; elle peut même être, en ce cas, en dehors des connaissances du médium.
    Dans l'exercice de la médiumnité intuitive, à l'état de veille, beaucoup se découragent devant l'impossibilité de distinguer les idées qui nous sont propres de celles qui nous sont suggérées. Il est cependant facile, croyons-nous, de reconnaître les idées de provenance étrangère. Elles jaillissent spontanément, à l'improviste, comme des lueurs subites émanant d'un foyer inconnu ; tandis que nos idées personnelles, celles qui proviennent de notre fonds, sont toujours à notre disposition et occupent, d'une façon permanente, notre intellect. Non seulement les idées inspirées surgissent comme par enchantement, mais elles se suivent, s'enchaînent d'elles-mêmes et s'expriment avec rapidité, parfois d'une manière fébrile.
    Allan Kardec a parfaitement distingué deux variétés de médiumnité, à savoir la médiumnité mécanique et la médiumnité intuitive : il dit que le rôle du médium mécanique est celui d'une machine, tandis que le médium intuitif agit comme le ferait un truchement ou interprète. Celui-ci, en effet, pour transmettre la pensée des interlocuteurs, doit la comprendre, se l'approprier en quelque sorte, pour la traduire fidèlement ; et pourtant cette pensée n'est pas la sienne, elle ne fait que traverser son cerveau ; tel est exactement ce qui se passe chez le médium intuitif.
    Remarquons que là encore le développement intellectuel de l'intermédiaire est indispensable pour qu'il puisse exprimer correctement les idées qu'il reçoit. Comme c'est lui qui écrit, qui rédige, il peut donner aux pensées suggérées une forme plus ou moins littéraire, suivant ses études ou ses capacités. C'est donc surtout au point de vue moral, et par des preuves qu'elles fournissent, qu'il faut juger les communications et ne pas trop s'attacher au style qui peut parfaitement être défiguré par l'interprète.
    Ils communiquent avec les Esprits incarnés par le seul rayonnement de leur pensée.
    C'est pourquoi, quelle que soit la diversité des esprits qui se communiquent à un médium, les dictées obtenues par lui, tout en procédant d'esprits divers, portent un cachet de forme et de couleur personnel à ce médium. Oui, bien que la pensée lui soit tout à fait étrangère, bien que le sujet sorte du cadre dans lequel il se meut habituellement lui-même, bien que ce que nous voulons dire ne provienne en aucune façon de lui, il n'en influence pas moins la forme, par les qualités, les propriétés qui sont adéquates à son individu.
    On peut lire dans le Livre des médiums la communication suivante : « C'est absolument comme lorsque vous regardez différents points de vue avec des lunettes nuancées, vertes, blanches ou bleues ; bien que les points de vue ou objets soient tout à fait opposés et tout à fait indépendants les uns des autres, ils n'en offrent pas moins toujours une teinte qui provient de la couleur des lunettes. Ou mieux, comparons les médiums à ces bocaux pleins de liquides colorés et transparents ; eh bien, nous sommes comme des lumières qui éclairent certains points de vue moraux, philosophiques et scientifiques, à travers des médiums bleus, verts ou rouges, de telle sorte que nos rayons lumineux, obligés de passer à travers des verres plus ou moins bien taillés, plus ou moins transparents, c'est-à-dire par des médiums plus ou moins intelligents, n'arrivent sur les objets que nous voulons éclairer qu'en empruntant la teinte, ou mieux la forme propre et particulière à ces médiums. »
    La pensée de l'Esprit agissant est une en son principe d'émission, mais elle varie dans ses manifestations, suivant l'état plus ou moins parfait des instruments qu'elle emploie. Chaque médium marque de l'empreinte de sa personnalité l'inspiration qui lui vient de plus haut. Plus l'intellect du sujet est cultivé et spiritualisé, plus les instincts matériels sont comprimés en lui, et plus la pensée supérieure sera transmise avec pureté et fidélité.
    La large nappe d'un fleuve ne peut s'écouler à travers un étroit canal ; de même l'Esprit inspirateur ne réussira à transmettre par l'organisme du médium que celles de ses conceptions qui y trouveront une issue préparée. Par un grand effort mental, sous l'excitation d'une force extérieure, le médium pourra exprimer des conceptions au-dessus de son propre savoir ; mais, dans l'expression des idées suggérées, on retrouvera ses termes favoris, ses tournures de phrases habituelles, quoique le stimulant qu'il subit prête, pour un instant, plus d'ampleur et d'élévation à son langage.
    Presque tous les auteurs, écrivains, orateurs, poètes, sont médiums à certains moments : ils ont l'intuition d'une assistance occulte qui les inspire et participe à leurs travaux. Ils l'avouent eux-mêmes aux heures d'épanchement.
    Thomas Paine écrivait : « Il n'est personne qui, s'étant occupé des progrès de l'esprit humain, n'ait fait cette observation qu'il y a deux classes bien distinctes de ce qu'on nomme Idées ou Pensées : celles qui sont produites en nous-mêmes par la réflexion et celles qui se précipitent d'elles-mêmes dans notre esprit. Je me suis fait une règle de toujours accueillir avec politesse ces visiteurs inattendus et de rechercher avec tout le soin dont j'étais capable s'ils méritaient mon attention. Je déclare que c'est à ces hôtes étrangers que je dois toutes les connaissances que je possède. »
    Emerson parle en ces termes du phénomène de l'inspiration : « Les pensées ne me viennent pas successivement, comme dans un problème de mathématiques, mais elles pénètrent d'elles-mêmes dans mon intellect, semblables à un éclair qui brille dans les ténèbres de la nuit. La vérité m'arrive, non par le raisonnement, mais par intuition. »
    On trouve dans Goethe (Lettres à un enfant) les détails suivants sur Beethoven : « Beethoven, parlant de la source d'où lui venait la conception de ses chefs-d'œuvre, disait à Bettina : « Je me sens forcé de laisser déborder de tous côtés les flots d'harmonie provenant du foyer de l'inspiration. J'essaie de les suivre, je les reprends passionnément ; de nouveau, ils m'échappent et disparaissent parmi la foule. de distractions qui m'entourent. Bientôt je ressaisis l'inspiration avec ardeur ; ravi, j'en multiplie toutes les modulations, et, au dernier moment, je triomphe de la première pensée musicale ; voyez à présent, c'est une symphonie...
    « Je dois vivre seul avec moi-même. Je sais bien que Dieu et les anges sont plus près de moi, dans mon art, que les autres. Je communie avec eux et sans crainte. La musique est la seule entrée spirituelle dans les sphères supérieures de l'intelligence. »
    Mozart, de son, côté, dans une de ses lettres à un ami intime, nous initie aux mystères de l'inspiration musicale : « Vous dites que vous voudriez savoir quelle est ma manière de composer et quelle méthode je suis. Je ne puis vraiment pas vous en dire plus que ce qui suit, car moi-même je n'en sais rien et ne puis me l'expliquer.
    « Quand je suis dans de bonnes dispositions et tout à fait seul pendant ma promenade, les pensées musicales me viennent en abondance. Je ne sais pas d'où viennent ces pensées, ni comment elles m'arrivent ; ma volonté n'y est pour rien... »
    Au déclin de sa vie, lorsque l'ombre de la mort s'étendait déjà sur lui, dans un moment de calme, de sérénité parfaite, il appela un de ses amis qui se trouvait dans sa chambre : « écoutez », lui dit-il, « J'entends de la musique. » Son ami lui répondit : « Je n'entends rien. » Mais Mozart, ravi, continue à percevoir les harmonies célestes. Et son pâle visage s'illumine. Puis il cite le témoignage de saint Jean : « et j'entendis de la musique au ciel » ; C'est alors qu'il composa son Requiem.

     

    Pour en savoir plus :

  • Le Spiritisme devant la science de Gabriel Delanne (5ème partie, ch. II, Les médiums écrivains - médiumnité intuitive)
  • Dans l’Invisible de Léon Denis (2ème partie, ch. XIII, Clairvoyance. Pressentiments.)
  • Le Problème de l’Etre et de la Destinée de Léon Denis (ch. XXI, la conscience, le sens intime, à partir de la page 447)
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    Conclusion

    Nous avons constaté qu’il existe deux grands types de manifestations : Les premières, à effets physiques, ont pour but d’attirer l’attention sur le monde spirite ; Les Esprits supérieurs ne s’occupent pas de ces manifestations, qui sont exécutés par des Esprits inférieurs, ayant plus d’affinité avec la matière. Les secondes, à effets intelligents, sont utilisées par les habitants du monde invisible pour nous transmettre leurs avertissements, leurs instructions, et, pour faciliter notre évolution.