Etude n°4 - Spiritisme : les théories et les faits

 «  J’étais un matérialiste si complet et si convaincu, qu’il ne pouvait y avoir dans mon esprit aucune place
pour une existence spirituelle. Mais les faits sont des choses opiniâtres, et les faits me vainquirent.
Les phénomènes spirites sont aussi prouvés que les faits de toutes les autres sciences ».

ALFRED RUSSEL WALLACE.

 

Hallucination, suggestion & inconscient

 

En avril 1859, M. Jobert présenta, à l’Académie des Sciences, le cas de Mademoiselle X…, âgée de 14 ans, qui était affectée depuis six ans de mouvements involontaires réguliers du muscle court péronier latéral droit. Un bruit sec succédait à chaque contraction musculaire. Ayant étudié ce phénomène, M. Jobert n’hésita pas à déclarer qu’il avait déjoué le secret de ce qu’il appelait la grande comédie des Esprits frappeurs.
M. Jobert a-t-il observé un phénomène spirite ? Non, il s’est contenté d’étudier un fait médical ayant une analogie lointaine avec les coups frappés, et en a conclu que la cause de ce fait était la même que celle de tous les phénomènes spirites : le péronier ! Avant de prétendre avoir donné le coup de grâce au spiritisme, M. Jobert aurait peut-être dû se pencher sur les faits du spiritisme ; il aurait alors pu se demander : Comment ce cas pathologique qu’il qualifie de rare ait pu devenir tout à coup si commun ? Comment les coups vont-ils frapper les portes, les mûrs, les plafonds, ou quelconque endroit désigné, s’ils ont pour origine le péronier ? Comment ce muscle craqueur peut-il soulever des tables massives sans les toucher, les faire atteindre le plafond et les faire se briser en retombant ? Comment le péronier peut-il jouer des airs de guitare, composer des chants, répondre à des questions poser mentalement, ou donner des réponses dans des langues inconnues des personnes présentes ?
Cet épisode illustre bien l’attitude de nombreux scientifiques quant au spiritisme : partant avec l’idée préconçue que l’intervention des Esprits n’est pas possible, ils émettent des hypothèses, pour expliquer les phénomènes spirites, sans les confronter à l’examen des faits.
Une autre théorie consiste à mettre les phénomènes sur le compte de l’illusion des sens ; ainsi, l’observateur serait de très bonne foi ; seulement, il croirait voir ce qu’il ne voit pas. Quand il voit une table se soulever et se maintenir dans l'espace sans point d'appui, la table n'aurait pas bougé de place ; il la voit en l'air par une sorte de mirage ou un effet de réfraction comme celui qui fait voir un astre, ou un objet dans l'eau, hors de sa position réelle. Cela serait possible à la rigueur ; mais ceux qui ont été témoins de ce phénomène ont pu constater l'isolement en passant sous la table suspendue, ce qui paraît difficile si elle n'a pas quitté le sol. D'un autre côté, il est arrivé maintes fois que la table s'est brisée en tombant : dira-t-on aussi que ce n'est là qu'un effet d'optique ?

La réalité des phénomènes étant avérée, la première pensée qui est naturellement venue à l'esprit de ceux qui les ont reconnus a été d'attribuer les mouvements au magnétisme, à l'électricité, ou à l'action d'un fluide quelconque, en un mot, à une cause toute physique et matérielle. Cette opinion n'avait rien d'irrationnel et elle aurait prévalu si le phénomène se fût borné à des effets purement mécaniques. Une circonstance même semblait la corroborer : c'était, dans certains cas, l'accroissement de la puissance en raison du nombre des personnes ; chacune d'elles pouvait ainsi être considérée comme un des éléments d'une pile électrique humaine. Ce qui caractérise une théorie vraie, nous l'avons dit, c'est de pouvoir rendre raison de tout ; mais si un seul fait vient la contredire, c'est qu'elle est fausse, incomplète ou trop absolue. Or, c'est ce qui n'a pas tardé d'arriver ici. Ces mouvements et ces coups ont donné des signes intelligents, en obéissant à la volonté et en répondant à la pensée ; ils devaient donc avoir une cause intelligente. Dès lors que l'effet cessait d'être purement physique, la cause, par cela même, devait avoir une autre source ; aussi le système de l'action exclusive d'un agent matériel a-t-il été abandonné et ne se retrouve que chez ceux qui jugent a priori et sans avoir vu. Le point capital est donc de constater l'action intelligente, et c'est ce dont peut se convaincre quiconque veut se donner la peine d'observer. Le savant William Crookes écrira à propos de ces recherches sur le spiritisme : « L'intelligence qui gouverne ces phénomènes est quelquefois manifestement inférieure à celle du médium ; et elle est souvent en opposition directe avec ses désirs. Quand une détermination a été prise de faire quelque chose qui ne pouvait être considéré comme bien raisonnable, j'ai vu donner de pressants messages pour engager à réfléchir de nouveau. Cette intelligence est quelquefois d'un caractère tel, qu'on est forcé de croire qu'elle n'émane d'aucun de ceux qui sont présents. »
Il est incontestable, évidemment, que si la table que l'on consulte donne des réponses sur des sujets inconnus des assistants, ou contraires à leurs pensées, ce n'est certainement pas de chez eux que part la réponse ; mais, comme il faut qu'elle soit faite par quelqu'un, nous l'attribuons à une intelligence occulte qui vient se manifester. Cette conception n'est pas une invention humaine, car chaque fois qu'une intelligence s'est manifestée, on lui a demandé qui elle était, et constamment elle a répondu être l'âme d'une personne ayant habité sur la terre.

L'action intelligente une fois reconnue, il restait à savoir quelle était la source de cette intelligence. On a pensé que ce pouvait être celle du médium ou des assistants, qui se réfléchissait comme la lumière ou les rayons sonores. Cela était possible : l'expérience seule pouvait dire son dernier mot. Mais d'abord, remarquons que ce système s'écarte déjà complètement de l'idée purement matérialiste ; pour que l'intelligence des assistants pût se reproduire par voie indirecte, il fallait admettre en l'homme un principe en dehors de l'organisme.
Si la pensée exprimée avait toujours été celle des assistants, la théorie de la réflexion eût été confirmée ; or, le phénomène, même réduit à cette proportion, n'était-il pas du plus haut intérêt ? La pensée se répercutant dans un corps inerte et se traduisant par le mouvement et le bruit, n'était-ce pas une chose bien remarquable ? N'y avait-il pas là de quoi piquer la curiosité des savants ?
L'expérience seule, disons-nous, pouvait donner tort ou raison à cette théorie, et l'expérience lui a donné tort, car elle démontre à chaque instant, et par les faits les plus positifs, que la pensée exprimée peut être, non seulement étrangère à celle des assistants, mais que souvent elle y est entièrement contraire ; qu'elle vient contredire toutes les idées préconçues, déjouer toutes les prévisions ; en effet, quand je pense blanc et qu'il m'est répondu noir, il m'est difficile de croire que la réponse vienne de moi. On s'appuie sur quelques cas d'identité entre la pensée exprimée et celle des assistants ; mais qu'est-ce que cela prouve, sinon que les assistants peuvent penser comme l'intelligence qui se communique ? Il n'est pas dit qu'ils doivent toujours être d'opinion opposée. Lorsque, dans la conversation, l'interlocuteur émet une pensée analogue à la vôtre, direz-vous pour cela qu'elle vient de vous ? Il suffit de quelques exemples contraires bien constatés pour prouver que cette théorie ne peut être absolue. Comment, d'ailleurs, expliquer par la réflexion de la pensée, l'écriture produite par des personnes qui ne savent pas écrire, les réponses de la plus haute portée philosophique obtenues par des personnes illettrées, celles qui sont données à des questions mentales ou dans une langue inconnue du médium, et mille autres faits qui ne peuvent laisser de doute sur l'indépendance de l'intelligence qui se manifeste ? L'opinion contraire ne peut être que le résultat d'un défaut d'observation.
Si la présence d'une intelligence étrangère est prouvée moralement par la nature des réponses, elle l'est matériellement par le fait de l'écriture directe, c'est-à-dire de l'écriture obtenue spontanément, sans plume ni crayon, sans contact, et nonobstant toutes les précautions prises pour se garantir de tout subterfuge. Le caractère intelligent du phénomène ne saurait être révoqué en doute ; donc il y a autre chose qu'une action fluidique. Ensuite, la spontanéité de la pensée exprimée en dehors de toute attente, de toute question proposée, ne permet pas d'y voir un reflet de celle des assistants.

D’autres critiques objectent que, dans ses rapports avec le monde invisible, l’homme ne communique pas seulement avec les âmes des morts, mais aussi avec de vaines apparences d’âmes, avec des larves, des formes fluidiques animées par une sorte de vibration mourante de la pensée des défunts. Nous verrons dans la troisième partie de cette étude, intitulée « Preuves d’identité » que l’hypothèse des larves n’est nullement justifiée ; les faits démontrent, au contraire, que nous avons à faire à des âmes d’hommes ayant vécu sur la terre. Ils ont un caractère essentiellement humain. L’action des manifestants est humaine ; ils se servent du langage, de l’écriture, du dessin humains. Leurs phénomènes intellectuels sont empreints des idées, des sentiments, des émotions, en un mot de tout ce qui constitue la trame de notre propre existence. Leurs communications peuvent être de tous les degrés, depuis le trivial jusqu’au plus sublime, mais c’est encore ce qui caractérise le milieu humain. Les formes des fantômes matérialisés, les photographies sont celles d’êtres semblables à nous et jamais celles de démons, de larves ou d’élémentals. Ajoutez à cela tous les faits et détails d’ordre positif établissant que les manifestants ont vécu parmi les générations humaines, et vous arriverez à la certitude que le rôle attribué au démon et aux larves dans les phénomènes spirites n’est que le produit d’une imagination déréglée.

Un des faits les plus remarquables du spiritisme sont les moulages de mains et de pieds matérialisés dans la paraffine bouillante, et qui, refroidie, laisse les expérimentateurs en possession d’objets qui sont autant de témoignages de la présence et du passage d’être invisibles. La paraffine est fondue dans une certaine quantité d’eau bouillante. Les mains des esprits matérialisés viennent s’y tremper, puis se retirent pour se plonger ensuite dans un vase d’eau froide à la surface duquel les moules restent flottants. Leur ouverture au poignet étant plus petits que le reste de la main, il a donc fallu que celle-ci puisse se dissoudre fluidiquement pour laisser le moule intact. Un main humaine n’aurait pu se dégager sans briser l’enveloppe.
Ni l’hallucination, la suggestion ou l’inconscient ne sont capables de rendre compte de ce phénomène ; seule la théorie spirite le peut.

 

A Noter :

  • Les théories pseudo-scientifiques, telles que l’hallucination, l’inconscient ou la suggestion, pour expliquer le phénomène spirite, résulte d’une étude incomplète des faits du spiritisme.
  • La méthode scientifique, qui consiste à confronter les théories aux faits, est souvent délaissée, par les scientifiques, au profit d’une méthode qui consiste à ne prendre en compte que les faits qui s’accordent avec leurs idées préconçues.
  •  Pour en savoir plus :

  • Livre des médiums d’Allan Kardec (ch. IV, 1ère partie, Systèmes)
  • Le Spiritisme devant la science de Gabriel Delanne (3ème partie, ch. II, Les théories des incrédules et le témoignage des faits)
  • Qu’est-ce que le Spiritisme ? d’Allan Kardec (p.42, Fausses explications du phénomène)
  • Dans l’Invisible de Léon Denis (2ème partie, chap. XXIII, Hypothèses et objections)
  • Les miracles et le moderne spiritualisme de Alfred Russel Wallace (appendice,de la réalité objective des apparitions)
  • Revue Spirite 1859 - p.1 (Le muscle craqueur)
  • Revue Spirite 1861 - p.193 (Essai sur la théorie de l’hallucination)
  • Revue Spirite 1890 - p.131, 161, 193 d’Alexandre Vincent (La théorie de l’inconscient)
  • Revue Spirite 1922 - p.86 d’Alfred Bénezech (Les partisans du subconscient)
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    Difficulté de l’étude du phénomène spirite

     

    Rares ont été pendant longtemps, en France, dans les milieux officiels, les expérimentateurs affranchis des routines classiques et doués des qualités nécessaires pour mener à bien ces observations délicates. Tous ceux qui ont procédé avec persévérance et impartialité ont pu constater la réalité des manifestations des défunts. Mais, lorsqu'ils publiaient les résultats de leurs recherches, ils ne rencontraient le plus souvent qu'incrédulité, indifférence ou persiflage. Les hommes de science, pour expliquer les faits spirites, ont entassé systèmes sur systèmes et recouru aux hypothèses les plus invraisemblables, torturant les phénomènes pour les faire entrer dans leurs conceptions.
    C’est ainsi qu'on a vu surgir tant de théories étranges, depuis le nerf craqueur de Jobert de Lamballe, les articulations claquantes, l'automatisme psychologique, les hallucinations collectives, jusqu'à celle du subliminal. Ces théories, mille fois réfutées, renaissent sans cesse. On dirait que les représentants de la science officielle ne craignent rien tant que d'être obligés de reconnaître la survivance et l'intervention des Esprits.
    L'étude des phénomènes est d'une importance capitale ; c'est sur elle que repose le spiritisme tout entier ; mais, trop souvent, le défaut de méthode, le manque de suite et de direction dans les expériences, rendent stériles le bon vouloir des médiums et les légitimes aspirations des chercheurs. C'est à ces causes qu'il faut attribuer les résultats peu concluants que l'on obtient dans tant de milieux. On expérimente au hasard, fiévreusement, sans souci des conditions nécessaires ; on a hâte d'obtenir des phénomènes transcendants. Par, suite même de l'état d'esprit que l'on apporte dans les recherches, on accumule les difficultés et si, au bout de quelques séances, on n'obtient que des faits insignifiants, des banalités ou des mystifications, on se décourage et on s'éloigne.
    Les hommes de science veulent imposer à ces recherches les règles de la science orthodoxe et positive, qu'ils considèrent comme les seuls fondements de la certitude, et si ces règles ne sont pas adoptées et suivies, ils rejettent sans pitié tous les résultats obtenus.
    Cependant, l'expérience nous démontre que chaque science a ses règles propres. On ne peut étudier avec fruit un ordre nouveau de phénomènes en s'inspirant des lois et des conditions qui régissent des faits d'un ordre tout différent. C'est seulement au moyen de recherches personnelles ou grâce à l'expérience acquise dans cette voie par les chercheurs consciencieux, et non en vertu de théories à priori, que l'on peut déterminer les lois qui gouvernent les phénomènes occultes. Ces lois sont des plus subtiles et des plus compliquées. Leur étude exige un esprit attentif et impartial. Mais comment exiger de l'impartialité chez ceux dont les intérêts, le renom, l'amour-propre sont étroitement liés à des systèmes ou à des croyances que le spiritisme peut ébranler ? Il n'est pas nécessaire d'être un mathématicien, un astronome, un médecin de talent, pour entreprendre, avec chance, de succès, des investigations en matière de spiritisme ; il suffit de connaître les conditions à remplir et de s'y soumettre. Ces conditions, aucune autre science ne peut nous. les indiquer. L'expérimentation assidue et les révélations des Esprits-guides, seules, nous permettent de les établir d'une manière précise.
    Dans bien des cas, le phénomène spirite se produit avec une spontanéité qui déroute toutes les prévisions. On ne peut que le constater. Il s'impose et échappe à notre action. L'appelez-vous, il se dérobe ; mais si vous n'y pensez plus, il reparaît. Tels sont presque tous les cas d'apparitions à distance et les phénomènes des maisons hantées. Les fantômes vont et viennent, sans se soucier de nos exigences et de nos prétentions. Vous attendez pendant des heures et rien ne se produit. Faites-vous mine de partir, les manifestations commencent.
    A propos de l'imprévu des phénomènes, rappelons ce que disait M. Varley, ingénieur en chef des postes et télégraphes de la Grande-Bretagne :
    « Mme Varley voit et reconnaît les Esprits, particulièrement lorsqu'elle est entrancée (état de somnambulisme lucide) ; elle est aussi très bon médium à incarnations, mais je n'ai sur elle presque pas d'influence pour provoquer la trance, en sorte qu'il m'est impossible de me servir de sa médiumnité pour faire des expériences. »
    C'est donc un point de vue erroné et gros de conséquences fâcheuses que de considérer le spiritisme comme un domaine où les faits se présentent toujours identiques, où les éléments d'expérimentation peuvent être disposés à notre gré. On s'expose par là à des recherches vaines ou à des résultats incohérents.
    Les savants tiennent peu de compte des affinités psychiques et de l'orientation des pensées, qui constituent cependant un facteur important du problème spirite. Ils sont portés à considérer le médium comme un appareil de laboratoire, comme une machine qui doit produire des effets à volonté, et ils usent envers lui d'un sans-gêne excessif. Les Intelligences invisibles qui le dirigent sont assimilées par eux à des forces mécaniques. En général, ils se refusent à voir en elles des êtres libres et conscients, dont la volonté entre pour une grande part dans les manifestations, qui ont leurs idées, leurs desseins, leur but, à nous inconnus, et qui ne jugent pas toujours à propos d'intervenir, les uns parce que la désinvolture et les vues trop matérielles des expérimentateurs les éloignent ; les autres, parce que, trop inférieurs, ils ne sentent pas la nécessité de démontrer aux hommes les réalités de la survivance.

     

     A Noter :

  • Les Esprits ayant leur volonté propre, on ne peut répéter à volonté le phénomène que l’on veut étudier. Le phénomène spirite s’étudie donc dans des conditions autres que celles des sciences classiques comme la chimie, la biologie, la physique, etc…
  • Pour en savoir plus :

  • Dans l’Invisible de Léon Denis (1ère partie, chap. IX, Conditions d’expérimentation)
  • Dans l’Invisible de Léon Denis (1ère partie, chap. II, les modes d’études)
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    Preuves d’identité

     

    Grâce au spiritualisme expérimental, le problème de la survivance, dont les conséquences philosophiques et morales sont incalculables, a reçu une solution définitive. L'âme est devenue objective, parfois tangible : son existence s'est révélée, après la mort comme pendant la vie, par des manifestations de tout ordre.
    Les phénomènes physiques n'offraient au début qu'une base insuffisante d'argumentation ; mais, depuis, les faits ont revêtu un caractère intelligent. Ils se sont accentués au point que toute négation est devenue impossible.
    C'est par des preuves positives que la question de l'existence de l'âme et de son immortalité a été tranchée. Les radiations de la pensée sont photographiées ; l'esprit revêtu de son corps fluidique, de son enveloppe impérissable, apparaît sur la plaque sensible. Son existence est devenue aussi certaine que celle du corps physique.
    L'identité des Esprits est établie par des faits innombrables ; nous croyons devoir en citer quelques-uns :
    M. Oxon (aliàs Stainton Moses), professeur à l'Université d'Oxford, dans son livre Spirit Identity, rapporte le cas où la table donne un récit long et circonstancié de la mort, de l'âge, jusqu'au nombre de mois, et les petits noms (quatre pour l'un d'entre eux et trois pour un autre) de trois petits êtres, enfants d'un même père, à qui ils avaient été enlevés subitement par la mort. « Nul de nous n'avait connaissance de ces noms peu communs. Ils étaient morts dans l'Inde, et, quand le message nous fut donné, nous n'avions aucun moyen apparent de vérification. » Cette révélation fut cependant contrôlée et reconnue exacte plus tard, par le témoignage de la mère de ces enfants, dont M. Oxon fit ultérieurement la connaissance.
    Le même auteur cite le cas d'un nommé Abraham Florentine, mort aux Etats-Unis, tout à fait inconnu des expérimentateurs, et dont l'identité fut rigoureusement constatée, ainsi que la date de sa mort : le 5 août 1874. Oxon conclura quant à ce fait : « Il y a dans le caractère de la preuve singulièrement significative que nous avons obtenue à cette occasion, une démonstration si évidente du retour de ceux qui nous ont quittés, qu'elle ne peut manquer, de fournir aux lecteurs matière aux plus sérieuses réflexions. Un fait positif, c'est que nul d'entre nous n'avait jamais entendu parler d'Abraham Florentine ; nous n'avions pas d'amis en Amérique chargés de nous donner des nouvelles de ce qui s'y passait, et, lors même que nous en aurions eu, ils n'auraient certainement pas parlé d'une circonstance qui ne nous intéressait en aucune façon. En terminant, j'affirme de nouveau, dans l'intérêt de la vérité, que le nom, aussi bien que les faits, nous étaient entièrement inconnus à tous trois. »
    L'histoire de Siegwart Lekebusch, jeune tailleur qui périt écrasé par un train de chemin de fer, prouve encore qu'il est contraire à la vérité d'affirmer que les personnalités qui se manifestent par la table sont toujours connues des assistants.
    D'après Animisme et Spiritisme, d'Aksakof, l'identité posthume des esprits se prouve :
    1° Par des communications de la personnalité dans sa langue maternelle, ignorée du médium (voir p. 538, le cas de miss Edmonds, de M. Turner, de miss Scongall et de Mme Corvin, qui s'entretint avec un assistant au moyen de gestes empruntés à l'alphabet des sourds-muets, qui lui était inconnu à l'état de veille).
    2° Au moyen de communications données dans le style caractéristique du défunt, ou avec des expressions qui lui étaient familières, reçues en l'absence de personnes l'ayant connu (p. 543). Achèvement d'un roman de Dickens, Edwin Drood, par un jeune ouvrier illettré, sans qu'il soit possible de constater où se termine le manuscrit original et où commence la communication médianimique.
    Voir par exemple l'histoire de Louis XI, écrite par Mlle Hermance Dufaux, à l'âge de quatorze ans. (Revue spirite, 1858.) Cette histoire, très documentée, contient des renseignements inédits jusqu'alors.
    3° Par des phénomènes d'écriture où l'on reconnaît celle du défunt (p. 345). Lettre de Mme Livermore, écrite par elle-même après sa mort. Cet esprit a établi son identité en se montrant, écrivant et causant comme durant sa vie. Fait remarquable : l'esprit a même écrit, en français, langue ignorée du médium, Kate Fox. Le cas où M. Owen obtint une signature d'esprit qui fut reconnue identique par un banquier (voir Guldenstubbe, la Réalité des Esprits). Ecriture directe d'une parente de l'auteur, reconnue identique à son écriture de son vivant. (Ces faits ont été obtenus nombre de fois dans notre propre cercle d'expériences.)
    4° Par des communications contenant un ensemble de détails relatifs à la vie du défunt, et reçues en l'absence de toute personne l'ayant connu (voir p. 436). Par la médiumnité de Mme Conant, un grand nombre d'esprits inconnus du médium ont été identifiés avec des personnes ayant vécu dans différents pays (p. 559 et suivantes). Le cas du vieux Chamberlain, celui de Violette, de Robert Dale Owen, etc.
    5° Par la communication de faits qui n'ont pu être connus que du défunt et que, seul, il a pu communiquer (voir p. 466). Le cas du fils du docteur Davey, empoisonné et volé en mer, fait reconnu exact par la suite : découverte du testament du baron Korff ; l'esprit Jack, qui indique ce qu'il doit et ce qui lui est dû, etc.
    6° Par des communications qui ne sont pas spontanées, comme celles qui précèdent, mais provoquées par des appels directs au défunt, et reçues en l'absence de personnes ayant connu ce dernier (voir p. 585). Réponse, par des esprits, à des lettres fermées (médium Mansfield). Ecriture directe donnant la réponse à une question inconnue du médium, M. Watkins.
    7° Par des communications reçues en l'absence de toute personne ayant connu le défunt, et qui trahissent certains états psychiques ou provoquent des sensations physiques qui lui étaient propres (p. 597). L'esprit d'une folle, encore troublé dans l'espace. Le cas de M. Elie Pond, de Woonsoket, etc.
    (Ces phénomènes se sont produits un nombre considérable de fois dans les séances que nous avons dirigées nous-même.)
    8° Par l'apparition de la forme terrestre du défunt (p. 605).
    Parfois, les esprits se sont servis des défectuosités naturelles de leur organisme matériel pour se faire reconnaître après leur mort, en reproduisant ces accidents par des matérialisations. Tantôt, c'est une main avec deux doigts recourbés vers la paume, à la suite d'une brûlure, ou bien avec l'index plié sur la deuxième phalange, etc.

     

    Pour en savoir plus :

  • Le monde invisible et la guerre de Léon Denis (ch. XXV, Preuves d’identité)
  • Christianisme et Spiritisme de Léon Denis (n°12, Les phénomènes spirites contemporains ; preuves d’identité)
  • Dans l’Invisible de Léon Denis (2ème partie, chap. XXI, Identité des Esprits)
  • Le phénomène spirite de Gabriel Delanne (2ème partie, ch. II, Preuves absolues…)
  • La société anglo-américaine pour les recherches psychiques de Bennet (ch. VI, Preuves de l’existence d’intelligences autres…)
  • Après la mort de Camille Flammarion (ch. XI, Les manifestations des morts…)
  • Raymond ou la vie après la mort de Sir Oliver Lodge
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     Conclusion

    Kardec écrira, au sujet du spiritisme, que « Cette croyance s'appuie sur le raisonnement et sur les faits. Je ne l'ai moi-même adoptée qu'après mûr examen. Ayant puisé dans l'étude des sciences exactes l'habitude des choses positives, j'ai sondé, scruté cette science nouvelle dans ses replis les plus cachés ; j'ai voulu me rendre compte de tout, car je n'accepte une idée que lorsque j'en sais le pourquoi et le comment. Voici le raisonnement que me faisait un savant médecin jadis incrédule, et aujourd'hui adepte fervent. »